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BRÈVES, EDITO

Aviation : des gains axillaires qui plombent  les prix

Ceux qui ont connu le temps où voyager en avion était une fête avec des repas servis à bord et du champagne, peuvent vous confirmer que tel n’est plus le cas aujourd’hui.

Comme bien des usagers du transport aérien, vous êtes certainement attirés par les prix ridiculement  bas des compagnies dites à bas coût (lowcost) jusqu’à vous imaginer qu’ils représentent la norme.  Ors, tel n’est pas le cas. Votre achat ne couvre pas les frais de maintenance, de carburant, de droits aux aéroports, voire de services au sol et à bord.

Mais alors, comment se fait-il que les choses aient changé à ce point entre les années 80 et aujourd’hui ?

La réponse vient de ce que les compagnies lowcost ont instauré le principe de prix défiant toute concurrence, un argument moteur leur permettant de faire déjà de substantielles économies  en frais de publicité, le prix  bon marché devant être suffisant pour attirer le client.

Mais même cela n’est pas suffisant, et nombreuses sont les subterfuges, avouables ou non, pour accéder à la rentabilité voire  même à des profits confortables.

Ryanair pourrait remporter la palme  du non avouable avec, parfois, des  méthodes qui lui ont valu  des amendes de la part des gouvernements européens, voire de l’autorité des transports de l’UE. Mais, déclare à l’envi son président Michael O’Leary «  peu importe ce qu’on me reproche, les clients viendront toujours chez moi car je suis le moins cher ! »,

.C’est ce qu’on appelle dans le jargon aérien, les « gains auxiliaires » (ancilleries revenues en anglais), ceux qui s’ajoutent  au prix de base originairement affiché au consommateur, acceptés ou subis. En 2024, les compagnies aériennes mondiales  ont gagné jusqu’à 148 milliards de dollars (environ 120 milliards de francs suisses) en gains auxiliaires. On estime que les compagnies lowcost les plus agressives gagnent jusqu’à 60 % sur ces recettes supplémentaires.

Elles interviennent au fur et à mesure du processus d’achat du billet d’avion et se poursuivent à l’embarquement. Les choses commencent au moment de la réservation sur Internet. Si, par malheur, vous souhaitez vous informer du prix du transport pour, par exemple, le comparer à celui d’une autre compagnie, vous constaterez en prenant la décision de faire votre achat que le prix aura augmenté à cinq minutes d’intervalle. C’est que le système aura enregistré votre URL. Il semblerait d’ailleurs qu’il soit possible de remédier à cela en vidant  tous les cookies de votre ordinateur po0ury voir réapparaître le prix d’appel.

La suite est une liste de suppléments qu’on vous propose ou vous imposent. Cela commence par le choix des sièges. Si vous êtes accompagné, vous voudrez certainement être assis à côté de votre  compagne ou compagnon. Le système informatique  vous fera payer votre choix d’être assis ensemble à moins de suivre la distribution aléatoire des sièges qui vous séparera la plupart du temps. Même chose concernant un choix côté fenêtre ou côté couloir, ou pire, à l’avant de la cabine pour avoir plus de confort pour les jambes).

Viennent ensuite les restrictions de bagages. Fini l’époque où, uniformément, toutes les compagnies offraient un bagage en soute gratuit en plus d’un bagage à main. Le souhait  du passager est, on l’a compris, de profiter du prix du transport alléchant jusqu’au bout, quitte à s’imposer de voyager léger. Or, aujourd’hui, la pratique d’un bagage en  cabine avec une dimension est imposée laquelle n’est,  d’ailleurs pas la même, par exemple, chez easyJet et Ryanair, alors que les fabricants de valises vendent en majorité, un format standard.  Cela peut occasionner à l’embarquement des déboires avec des suppléments à payer sur place sans pouvoir les contester.

Fini le repas gratuit servi à bord : Aujourd’hui, sur les vols européens, il faut payer les repas et boissons. Chez Ryanair, on a vu le personnel de cabine recevoir des menaces de licenciement s’il n’arrivait pas à faire suffisamment de recette sur les ventes à bord. Pire, certaines compagnies ont même encouragé, par annonce  au micro, les pourboires au personnel. Le summum a été l’évocation d’un accès payant aux toilettes, ou encore la station debout après avoir supprimé les sièges, une idée  saugrenue et impensable pour des raisons de sécurité.

.L’espace à bord  ne pourrait pas être plus restreint aujourd’hui, les compagnies ayant pour principe de placer un maximum de sièges pour un remplissage optimum, soit des avions que certains taxent de « bétaillères ». Ce sont les genoux qui tapent le siège de devant, les jeux de coude à coude, bref, une chose avec laquelle, bon an mal an, on peut s’accommoder pour des vols de courte durée, mais plus problématique pour des vols long-courriers.

De plus en plus de transporteurs utilisent cet inconfort pour promouvoir le principe de  « payer plus pour voyager mieux ». Ce message n’est, ni plus ni moins, de vous faire comprendre que si vous renoncez à payer un  prix bon marché, vous reviendrez au confort d’autrefois (bagage gratuit en soute, espace pour les jambes, siège confortable, repas gratuits à bord, etc.).

Commentaire : En allant trop loin dans la quête des profits annexes, les compagnies aériennes risquent de nuire à leur image si le passager a de plus en plus l’impression qu’on le trompe. Les transporteurs aériens qui adoptent des mesures plus raisonnables (il en existe) risquent de tirer les marrons du feu, le passagers risquant d’aller vers ceux-là et résistant à l’appât d’un prix parfois déraisonnable. Les analystes aériens constatent d’ailleurs  que la tendance actuelle serait vers un glissement net des compagnies lowcost vers les compagnies traditionnelles.

 

Gérard Blanc

 

ITA