JE PARS À LA DÉCOUVERTELascaux et le Périgord noir, centre de la préhistoire de la France
Les Eyzies-de-Tayac-Sireuil, fief de l’Homo sapiens classé patrimoine de l’UNESCO.
Le Périgord noir, et plus particulièrement la vallée de la Vézère, abrite 147 sites préhistoriques, dont 25 grottes et gouffres décorés de peintures et gravures pariétales illustrant des animaux, tels des bisons, des aurochs, des bouquetins, des chevaux et des rennes ayant vécu à l’ère de Würm sous une température pouvant descendre jusqu’à moins 40° Celsius.
Deux sites remportent les suffrages des curieux de la préhistoire que sont Lascaux et la grotte du Grand Roc. Voici un retour dans le passé de quelques 7000 générations ancestrales de l’Homo sapiens.
Cette région fut habitée par l’homme de Cro-Magnon nommé ainsi parce que ses ossements furent découverts dans un Cro (champ en occitan) appartenant à un Monsieur Magnon. Ils et elles étaient entre 3’000 et 5’000 individus dans le Périgord et trois millions dans le monde. On les a présentés à tort comme étant petits, poilus et un peu demeurés. Ils étaient au contraire comme vous et moi, mesurant jusqu’à deux mètres de haut, athlétiques et intelligents. Ils venaient de l’Afrique il y a environ 45’000 ans. Leur peau était noire, laquelle s’est dépigmentée au fil du temps. Ils choisissaient d’habiter dans des cavernes orientées vers le sud avec du soleil toute la journée. Le calcaire de la grotte emmagasinait la chaleur le jour pour la rétrocéder une bonne partie de la nuit, tel un radiateur naturel. Les Homo Sapiens utilisaient des panneaux de bois et des tentures en peaux de bête pour compléter leur confort. S’il faisait moins vingt degrés dehors, il en faisait 15 à l’intérieur.

Grotte du Grand Roc
En longeant la vallée de la Vézère à 2 km de la commune des Eyzies-de-Tayac-Sireuil, le regard se fixe automatiquement sur ce bijou géologique qu’est cette pittoresque falaise bombée. Une halte s’impose alors pour remonter environ 40’000 ans en arrière et apprendre ce qu’était la vie de notre lointain ancêtre. Nous voilà en présence de cavernes qui se sont formées au fil du temps sous l’effet du gel faisant éclater la pierre.
Que trouve-t-on dans ces cavernes ? Une gigantesque grotte découverte en 1924 par un nommé Jean Maury, avec des stalactites et des stalagmites de toute beauté, mais aussi un véritable filon de calcite, ce minéral composé de carbonate de calcium avec des traces de certains métaux de transition, qui fut utilisé pour fabriquer des bijoux, non seulement aux temps préhistoriques, mais aujourd’hui encore. A quelques mètres de là, il est passionnant de découvrir deux abris sous roche, dans lesquels vivaient les Homos sapiens. On y apprend qu’ils savaient apprécier le confort en faisant, par exemple chauffer des pierres sur de la braise, et de les tremper ensuite dans une baignoire naturelle pour prendre un bain chaud.
Ce qui vaut aussi le déplacement, est cette image de maisons résidentielles actuelles construites en troglodyte, avec une partie vers l’extérieur et une partie dans la roche.
Lascaux IV
Au même titre que la Grotte du Grand Roc, celle de Lascaux était habitée à l’ère glaciaire avec un sol gelé en permanence. Aucun arbre ne pouvait y pousser, comme sur la toundra, sauf quelques buissons. On y trouvait beaucoup d’animaux en troupeaux comme des rennes, des chevaux, des lions des cavernes et des aurochs.
Selon une version la plus probable, un nommé Michel Ravidat et son chien Robo poursuivaient un lapin, lequel vint se réfugier dans une grotte par un trou d’environ 20 cm de diamètre. Le chasseur jeta des pierres par ce trou pour faire sortir le lapin et constata que la grotte communiquait avec une grande cavité que Michel Ravidat interpréta comme étant un ancien passage sous-terrain communiquant avec le château de Lascaux voisin. Il revint deux jours plus tard pour élargir le trou avec du matériel de fortune, puis revint à nouveaux sur les lieux avec du renfort. Quatre jeunes gens pénétrèrent dans la grotte et découvrirent les premières peintures. Les explorateurs en herbe avertirent leur instituteur, Léon Laval, qui, croyant d’abord à une blague, n’en tint pas compte jusqu’à ce qu’on lui montre un dessin. Il prit alors la chose au sérieux. On fit appel à un préhistorien, l’abbé Breuil, qui fut le premier spécialiste à visiter la grotte en 1940. D’autres prendront la suite. Une porte sera construite ainsi que des escaliers, et le site sera officiellement ouvert au public en 1948. Pendant les 15 premières années, un million de visiteurs visitèrent Lascaux. Ce fut une catastrophe pour la grotte qui, sous l’effet des respirations avait dangereusement augmenté le taux de co2 et d’humidité. Par voie de conséquence, la « maladie verte » (mousses et algues microscopiques) et « la maladie blanche » (un voile de calcite) apparurent au point d’alarmer André Malraux, alors Ministre des affaires culturelles en 1963, lequel ordonna de fermer Lascaux au grand public.

Vingt ans plus tard, l’intégralité des peintures de Lascaux furent reproduites dans une grotte voisine, purs fac-similés des peintures originales sous l’appellation de Lascaux II. Puis, en 2012, sous le nom de Lascaux III, une exposition itinérante fit le tour du monde et en 2016, Lascaux IV fut ouvert et baptisé « Centre international de l’art pariétal » (et non pas rupestre) présentant lui, aussi, l’intégralité des œuvres, rigoureusement fidèles à celles de la grotte d’origine, avec le respect de la distribution des salles : salle des taureaux, diverticule axial, passage, puits, abside et nef. En janvier 2016, l’Atelier des fac-similés du Périgord, soit une équipe de trente-six personnes (peintres, plasticiens, restaurateurs d’art, décorateurs, sculpteurs, résineurs, serruriers, infographistes, etc.) entreprit un travail de reproduction qui dura deux ans et demi sur une surface de 900 m2. Le résultat est, aujourd’hui, un gigantesque bestiaire comptant environ 600 représentations. Le sujet dominant est le cheval, suivi, à égalité, par les cerfs et les aurochs et, enfin, les bouquetins et les bisons. Quelques rares ours et félins complètent le tableau.
C’est une véritable splendeur et Lascaux n’usurpe nullement le titre de « Chapelle Sixtine de la préhistoire ».
Texte et photos © Gérard Blanc
Renseignements
www.lascaux-dordogne.com





