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JE PARS EN WEEK-END

Au cœur de Paris, Louvre – Palais Royal, le quartier des monarques

Si les 1er et 2ème arrondissements étaient les lieux de résidence des rois de France, tant au Louvre qu’au Palais Royal et aux Tuileries, ils furent aussi ceux des intellectuels, des artistes, et … de la débauche : autant de références historiques qui méritent la découverte.
Le quartier du Palais Royal était celui réservé au roi et à sa cour. Il se délimitait par le palais du Louvre, la Banque de France et la Bourse. Cela indique donc qu’il fut un quartier voué aux affaires qui perdura ainsi jusqu’à la construction du quartier de la Défense. Il est resté d’esprit royal jusqu’à l’intervention du baron Haussmann qui, sur l’ordre de Napoléon III, bouleversa l’urbanisme de la capitale française avec des boulevards spacieux et dégagés devant permettre un meilleur écoulement du trafic et de la population. Haussmann détruisit alors allègrement de nombreuses petites habitations, tout en conservant les grands édifices que nous avons aujourd’hui le plaisir de vous faire découvrir.

Suivez le guide
Paris, métro Palais Royal, OthonielComme point de ralliement je vous propose la station de métro Palais-Royal et sa sortie pittoresque en forme de bulle, décorée par l’artiste contemporain Othoniel. Elle est aujourd’hui l’une des stations de métro les plus prisées de Paris. Longeons la rue Saint-Honoré direction est et tournons à droite à la rue de l’Oratoire où se trouve l’une des plus anciennes paroisses de Paris appelée la « cathédrale du culte protestant ». Ancienne église de la congrégation des Oratoriens (d’où son nom), elle devient protestante en 1811 en réparation des dommages causés aux protestants lors des guerres de religion. Parmi ses paroissiens illustres, on pourrait nommer les ministres Pierre Joxe et Maurice Couve de Murville, le jazzman Mowgli Jospin (parent éloigné de Lionel Jospin), les acteurs Edwige Feuillère et Pierre Fresnay, le scientifique Théodore Monod, le médecin et musicien Albert Schweizer, etc., sans oublier Marie-Louise Girod (organiste) et Horace Hornung (chef de chœur de la Maîtrise de l’Oratoire). On doit à ces derniers de fabuleux concerts classiques ayant retenti dans la nef très haute de plafond,  bénéficiant d’une acoustique exceptionnelle et mettant en valeur les plus belles orgues de Paris (voire de France) de facture Merklin datant de 1898, avec leur console de trois claviers. Statue de ColignyPour finir, Gérard Depardieu y donna des lectures publiques des confessions de Saint-Augustin en 2013. La façade du temple donnant sur la rue de Rivoli est ornée d’une majestueuse statue de l’amiral Gaspard de Coligny, leader du protestantisme qui fut défénestré au cours du massacre de la Saint-Barthélemy en 1572. Son hôtel particulier se trouvait au 136, rue de Rivoli. Il fut rasé lors des transformations haussmanniennes. La statue porte la date 1889, en référence à la mise en application de la Loi française d’acceptation des différences et confessions votée sous la 3ème République.

Saint-Germain l’Auxerrois
En tournant le dos à la statue, on aperçoit pardessus les grillages du Louvre le clocher de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, l’une des plus anciennes de Paris (7ème siècle). C’est de là que sonna le tocsin à la Saint-Barthélemy : pour prévenir les protestants de ce qui allait se passer ou bien pour lancer le signal du massacre ? Nul ne sait. Elle a toujours été rattachée au palais du Louvre, et elle a connu plusieurs mariages royaux ou princiers. Lorsque la royauté décide de quitter le Louvre, l’église devint celle des artistes, et c’est là où se maria Molière.  Sur la droite, la magistrale rue de Rivoli, baptisée en souvenir d’une victoire de Napoléon 1er, s’étire jusqu’à la place de la Concorde. Elle reprend les modèles d’arcades en plein cintre que Napoléon 1er a remarquées au cours de la campagne d’Egypte.

Paris, rue de Rivoli

Le palais du Louvre
Nombreux sont ceux qui se rendent au musée du Louvre sans prêter attention aux extérieurs du palais ni à son histoire. Avec un bon guide, on apprend que la partie est fut construite en 1200 par Philippe-Auguste  qui en fit une forteresse protégeant Paris. En 1345, Charles V quitta le « palais des rois » sur l’île de la Cité pour s’installer au Louvre. D’un fort médiéval, l’édifice devint un palais royal. C’est l’époque où commencent les guerres contre les Anglais. Les rois sont  obligés de quitter Paris et abandonnent le Louvre. François 1er fut le premier à le réintégrer. Il exècre le style médiéval de ses ancêtres et décide de tout détruire et de reconstruire un palais de style Renaissance. Les seuls restes du Moyen-Age sont les fondations qui forment certains couloirs du musée. François 1er n’a pas le temps de finir la reconstruction du Louvre, et c’est l’architecte Pierre Lescot, mandaté par Henri II, qui construisit l’actuelle Cour Carrée et son Pavillon de l’Horloge. Si Louis XIV a surtout vécu à Versailles, Colbert, son Contrôleur général des finances, va lui suggérer des travaux au Louvre qui marqueraient son passage à la postérité, et lui propose de revenir plutôt habiter au Louvre. Pour l’y encourager, Colbert décide de moderniser le palais avec la réfection de celle qu’on appelle aujourd’hui la Galerie d’Apollon. Cette cour reflète une incroyable diversité de styles imposés par les différents monarques de France : François 1er, Henri II, Louis 13, Louis 14 et Louis-Philippe, sans oublier Napoléon 1er, qui s’évertuaient à opérer des modifications en lien avec les sympathies ou antipathies envers leurs prédécesseurs.  En sortant de la Cour Carrée apparaît la célèbre pyramide de verre construite par le sino-américain Ieoh Ming Pei, recouverte de 603 losanges et de 70 triangles, une référence aux jardins à la française réputés géométriques et symétriques.  A quelques mètres de  là, impossible de manquer le célèbre Arc de Triomphe du Carrousel et ses chevaux. Ce sont des copies des fameux chevaux de Saint-Marc, volés à Constantinople par ordre des Doges de Venise lors de la quatrième Croisade, puis volés à Venise par l’armée d’Italie avec à sa tête Bonaparte et hissé en haut de l’arc de triomphe du Carrousel. Ils furent remplacés volontairement par des copies, œuvres du sculpteur français Joseph Bosio. Les vrais ont rejoint la place Saint-Marc de Venise en 1815.

Paris, Louvre

Palais Royal
Il abrite aujourd’hui le Conseil d’Etat et d’autres administrations. Construit à l’origine pour être le palais de Richelieu au 17ème siècle, il fut, par la suite considérablement agrandi au début du 19ème siècle. A la mort de Richelieu, le palais devient la propriété de Louis XIII et prend le nom de Palais Royal.  La première chose à laquelle on pense en parlant du Palais Royal est, bien sûr, la Comédie française, qui adopta ce nom en 1806. Anciennement, celui qu’on appelait le Théâtre français, siégeait à l’actuel théâtre de l’Odéon au quartier Latin. Lors de la première Révolution française, le metteur en scène Talma décide de créer des pièces révolutionnaires et déménage le théâtre dans la salle Richelieu du Palais Royal. Il change le nom en Comédie française.
Un porche invite à entrer dans la Cour d’honneur et on y découvre deux plateaux. Le premier est décoré par le créateur Daniel Burren avec 260 colonnes rayées blanc et noir de hauteurs différentes, datant de 1986 (voir photo à la une). Elles ont servi de décor à bien des photos de mode, mais elles font le bonheur des enfants qui y trouvent un lieu imaginatif à leurs jeux. Fontaine Palais RoyalAu milieu du second plateau trônent les sphères de Paul Bury qui offrent aux photographes d’insolites reflets. Dans les galeries Montpensier, Valois ou Beaujolais, qui quadrillent la Cour d’honneur, donnent des boutiques de luxe, de parfumerie et de mode, ou encore celle d’un numismate, sans oublier dans la galerie de Beaujolais, l’un des restaurants les plus réputés de Paris qu’est le Grand Véfour. Bon appétit (si vous avez un porte-monnaie bien garni !).
On est loin de penser que, comme elles furent décrites dans le roman Peau de chagrin de Balzac, ces galeries du Palais Royal étaient utilisées à la fin 18ème siècle et au début du 19ème comme lieux de prostitution et de jeux d’argent. Chic le jour, et dépravé la nuit, le même scenario s’y reproduisait : au rez-de-chaussée, un café classique ; au sous-sol, la salle des jeux d’argent ; aux étages les maisons closes. Louis Philippe y mit fin en 1836 sous la monarchie de Juillet, décidant de mener une politique sévère, surtout contre les jeux d’argent.
Continuons la visite par les jardins du Palais Royal recréés à la française au cours des vingt dernières années pour mieux cadrer avec le côté historique du palais et tenter de revenir aux jardins d’origine.

Les passages
Au nord de la Cour d’honneur, à la hauteur de la galerie Beaujolais, quelques marches mènent au passage des Deux Pavillons, l’un de passages couverts historiques du quartier. Ces passages étaient au nombre de 150 en 1840. Ils avaient été aménagés pour créer des raccourcis permettant de passer plus rapidement d’un pâté de maisons à l’autre. Leurs entrées, dans un but purement commercial, se situaient  proches des arrêts d’omnibus, ces voitures à cheval de transport en commun. En attendant une correspondance d’un omnibus à l’autre, on pouvait alors entrer dans ces passages pour s’y abriter et, par la même occasion, faire des emplettes, d’où l’aménagement de nombreuses boutiques. Avec les travaux haussmanniens, ils disparurent petit à petit. Aujourd’hui, il n’en reste que 24. Au sortir du passage des Deux-Pavillons, on débouche sur le numéro 5 de la rue des Petits-Champs. Quelques pas plus loin, au n° 4, se trouve l’entrée d’un passage plus emblématique qu’est la galerie Vivienne, qui va jusqu’au numéro 6 de la rue Vivienne. On doit ce passage couvert au président de la Chambre des Notaires Marchoux en 1823. Elle mesure 176 mètres de long, et son sol est entièrement recouvert d’une superbe mosaïque signée Faccina, mosaïste italien du 19è siècle. Au numéro 13 de la galerie Vivienne monte un escalier menant à ce que fut l’appartement du célèbre Vidocq, sulfureux personnage qui, après un séjour au bagne de Toulon, allait prendre la tête de la police judiciaire pour prendre la place de Fouché et fonder ce qu’on pourrait appeler les premiers services secrets. Au 40, rue des Petits-Champs, vous découvrirez aussi le passage Choiseul où Louis-Ferdinand Céline vécut son enfance. Si, comme tous les autres anciens passages de Paris, on le trouve charmant aujourd’hui, tel n’était pas le cas de Céline qui l’avait en horreur à cause des odeurs du gaz servant à illuminer le passage et de celles laissées par les ivrognes des cafés du Palais Royal pour venir s’y soulager.

Banque de France
Au sortir de la galerie Vivienne, on tombe sur la rue de la Banque, référence à la Banque de France. C’est un majestueux bâtiment qui, jadis, s’appelait l’hôtel de la Chancellerie d’Orléans, référence à l’un de ses propriétaires que fut Philippe d’Orléans (de famille royale et régent de France en attendant la maturité du futur Louis XIV). En 1923, le bâtiment est déclassé et démoli pour y installer la Banque de France. Cela surprend, alors que la France, à cette époque, vénère les bâtiments classés, mais, sans comprendre pourquoi, fait exception et autorise donc la destruction de l’hôtel d’Orléans, pour autant que soient conservés ses décors intérieurs et qu’ils soient replacés ailleurs. Nous sommes en 2019, les décors sont toujours dans des cartons. Le ministère de la Culture envisagerait de transporter les décors dans le Marais pour orner les intérieurs de l’Hôtel Sully et de l’Hôtel de Rohan.

Bibliothèque Richelieu, Paris

Bibliothèque Richelieu
Rien à voir avec le cardinal. Son nom vient de sa situation au 58, rue Richelieu. Il s’agit de celle qui fut la Bibliothèque nationale de France, déménagée par François Mitterand dans le 13ème arrondissement. De ses bâtiments datant du 17ème au 19ème siècle, le plus fascinant est la grande salle de lecture Labrouste (19ème siècle) dédiée à l’histoire de l’art et conçue comme une église. On y entendrait une mouche voler sous ces voutes qu’on pourrait évaluer à une dizaine de mètres de hauteur et dont les murs sont tapissés de livres.

Place des Victoires

La dernière touche sera pour la place des Victoires et sa statue équestre représentant Louis XIV trônant en son centre. Cette place est réputée pour ses marchands de tissus d’ameublement et des tissus destinés aux grands couturiers de la rue du Faubourg-Saint-Honoré. En guignant  ici et là, vous jetterez un regard furtif sur les étalages de quelques magasins réputés, mais c’est en franchissant la porte du numéro 5 et en gravissant les escaliers feutrés que vous entrerez, en montrant patte blanche, dans le showroom de la Manufacture Prelle. Vous pourrez alors contempler les riches collections des plus beaux tissus du monde.

Texte Erika Bodmer, photos Gérard Blanc

 

Infos pratiques

Ce reportage a pu être réalisé grâce à la collaboration du bureau de guides Calliopée Voyages

Renseignements

https://www.parisinfo.com/

 

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