Touristes, si vous saviez...

Festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde

La musique est le meilleur lien pour rapprocher les peuples et les mettre en paix les uns avec les autres. C’est dans cet esprit qu’est né le festival de musique sacrée de Fès, au Maroc, et qui connaîtra en juin de cette année 2018 sa 24ème édition.

Si vous imagineriez une vision sectaire et unilatérale du mot sacré, vous apercevrez rapidement que vous êtes dans l’erreur. A Fès, on apprend rapidement que le mot sacré a de nombreuses interprétations. Le superbe avènement réalisé depuis 23 ans montre que, bien au contraire, par la musique, le sacré s’exprime partout dans le monde et avec tous les instruments folkloriques, modernes, anciens et autres. Le mélange des genres y est non seulement permis, mais même recommandé.

J’ai eu, en 2016, le privilège d’assister à plusieurs journées du Festival de Musiques Sacrées du Monde et, notamment, pu apprécier la ferveur soufie, musulmane, bien entendu, mais diamétralement opposée à certaines idées radicales dont le monde a souffert récemment.

Festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde

Festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde

Cette ferveur s’est déclinée à tous les temps, comme, par exemple, dans l’état méditatif des derviches tourneurs d’Istanbul, accompagnés par l’ensemble marocain de musique andalouse de Mohammed Briouel, la transe d’un groupe de chanteurs de l’Atlas et la virtuosité d’autres ensembles d’origines diverses qui s’étaient regroupés pour l’occasion.

Festival de Fès des Musiques Sacrées du MondeLe moment fut également émouvant lorsque de sublimes cantatrices ont rendu hommage à feu la célèbre diva égyptienne Oum Kalthoum, accompagnées par un orchestre symphonique. Mais j’ai aussi pu constater que les organisateurs du festival s’étaient évertué à appliquer à la lettre leurs principes de mixités à la fois culturelles et mystiques avec, pour exemple, une chanteuse de folklore brésilien accompagnée par des musiciens de son pays, dont un joueur de birimboa.

Telle fut mon expérience exprimée en quelques mots, mais je ne peux m’empêcher d’envier toutes les personnes qui se rendront à Fès du 22 au 30 juin 2018.

A l’affiche

Relevons quelques contrastes et la diversité des origines géographiques des artistes qui feront partie de la programmation de 2018.

Amérique latine

L’Ensamble Moxos, issu de l’école de musique du village de San Ignacio de Moxos, une ancienne mission jésuite de l’Amazonie bolivienne qui a gardé jusqu’à aujourd’hui la tradition culturelle et religieuse léguée par les jésuites depuis sa fondation en 1689. Tous les ans, à San Ignacio de Moxos, vers le 28 juillet (pour la fête de Saint Ignace), se déroule l’une des plus belles fêtes de la Bolivie. Elle donne l’occasion d’admirer des danses guerrières d’Amazonie, une profusion de masques et, surtout, “los bajones”, les flûtes de Pan les plus grandes du monde !

Renaissance italienne

L’ensemble Doulce Mémoire est l’esprit même de la Renaissance italienne. Il invite à découvrir les musiques que pouvaient écouter les génies tels que Léonard de Vinci, Michel-Ange, Rabelais, François Ier, etc.

Jesus Mendez, virtuose flamenco

Héritier de la dynastie gitane de la famille de la chanteuse “Paquera de Jerez”, Jesus Mendez est un des plus grands noms du flamenco actuel. Originaire de Jerez de la Frontera, le cantador ibérique a collaboré avec des artistes renommés comme Moraíto Chico, El Güito, Rocío Molina, Andrés Marín, Belen Maya. Protecteur farouche des chants de La Plazuela, il excelle dans les styles siguiriya, bulería et soleá. Pour son programme à Dar Adiyel, il propose un répertoire mêlé de chants sacrés et d’autres formes du cante jondo.

Simon Elbaz, concert Matrouz

Le répertoire de Simon Elbaz est constitué de chants originaux de matrouz se rattachant à la culture hébraïque, musulmane et chrétienne de l’Andalousie. L’hébreu, l’arabe, le français, le judéo-espagnol, le berbère et le latin s’y trouvent réunies dans des œuvres judéo-arabe, orientale, maghrébo-andalouse, médiévale, judéo-espagnoles.

Soirée andalouse al-‘alā al-andalusiyya

L’origine même de la musique andalouse est attribuée à Ziryab (‘Alī ibn Nāfi‘), un esclave affranchi persan qui se rendit à la cour d‘Abd al-Raḥmān II à Cordoba, venant de Bagdad en 822. Il devint l’inspirateur de toute une nouvelle doctrine musicale. Ce style, basé sur deux formes de poésie arabe, le muwashshah et le zajal, se développa en Espagne aux 11e et 12e siècles. L’orchestre de la musique Al-âla  comprend souvent violon, rabab, oud, violoncelle, alto et percussions qui mettent en valeur de jeunes voix représentatives d’une transmission intelligente et fidèle du patrimoine de cet héritage.

Les Qawwals Bachés Dehli Gharana de Karachi

«Les Qawwals Bachés Dehli Gharana de Karachi » ont été fondés en 1276. Aujourd’hui, Subhan Ahmed Nizami en est le virtuose et dirige le groupe depuis 20 ans. Il a en sa possession près de 2000 textes anciens, écrits, pour certains dans des langues aujourd’hui disparues : braj ancien, sanscrit ancien, persan. Il sait doser ses créations d’inspiration traditionnelle et  de musique arabo-persane.

Festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde

Orpheus XXI

A l’initiative du musicien Jordi Savall, cette formation a pour objectif de permettre l’intégration de musiciens professionnels réfugiés ou immigrés, la transmission et le partage de leur culture.  « Orpheus XXI » prend place dans le cadre de la résidence de Jordi Savall à la saline royale d’Arc-et-Senans dans le Jura français. Elle vise à former des petits orchestres de jeunes, âgés de 9 à 25 ans, et des réfugiés et citoyens européens. Ces groupes seront encadrés par des musiciens réfugiés et par des musiciens de l’équipe de Jordi Savall.

Danse Legong et Gamelan

Plus d’une cinquantaine de théâtres dansés existent à Bali. Chacun évoque princesses, Dieux, démons et guerriers mythiques, généralement tirés de l’épopée hindoue du Ramayana. Les costumes très riches et la gestuelle contraignante, stylisée à l’extrême, intriguent et fascinent. Les représentations sont toujours accompagnées de l’orchestre balinais, le Gamelan. Cet ensemble est dirigé par I Made Djimat, un des danseurs les plus réputés de l’île de Bali. Il est le fils de I Nyoman Reneh, artiste sculpteur et peintre et de Ni Ketut Cenik, une danseuse légendaire. A l’âge de 16 ans, il fait sa première tournée à l’étranger et, à 18 ans, il remporte le premier prix du festival balinais en tant que meilleur interprète de Baris (danse guerrière) et deux ans plus tard en tant que Jauk (démon). Son propre ensemble musical  porte le nom de Panti Pusaka Budaya, lequel a su atteindre l’excellence dans de nombreuses formes de théâtre balinais.

Au cœur de l’Afrique soufie

Dans la nuit africaine, la voix du munshid (le chanteur religieux), qu’il soit de Zanzibar, de Haute-Egypte ou du Sénégal, refaçonne et scande les mots d’un monde poétique où amour mystique, angoisse de l’absence et un abandon du corps (sultâna) se côtoient. Les déclinaisons vont du rituel dhikr des hommes de Zanzibar à celui du petit village de Deir en Haute-Egypte. Cette voix du munshid est celle d’un autre Islam : pendant une multitude de nuits blanches, elle scande des mots arrachés à l’Islam de la rue, du village, des gallabiyas et des chichas – un Islam d’un monde rural profondément épris de poésie mystique.

Chants séfarades et andalous

Né à Casablanca, élevé à Paris et à New York, Gérard Edery est diplômé de la prestigieuse école de musique de Manhattan d’une maîtrise en interprétation lyrique et a chanté plus de trente rôles avec des compagnies d’opéra aux États-Unis. Largement considéré comme un maître chanteur et guitariste, Gérard Edery a à sa disposition une gamme remarquable de styles traditionnels ethniques. Gérard est l’un des plus grands spécialistes mondiaux de la musique de la diaspora séfarade.

Fest Noz Symphonique

Figures majeures de la musique bretonne à danser, Erwan Hamon et Janick Martin ont proposé à l’Orchestre symphonique de Bretagne de s’inscrire dans une de leurs escapades aventureuses. Accompagnés de la grande voix bretonne d’Annie Ebrel, du guitariste Grégory Dargent et du percussionniste Antonin Volson, le défi était de développer avec limpidité les enchevêtrements rythmiques et mélodiques et de  déstabiliser la mesure sans jamais se détacher du tempo et surtout de préserver  en permanence l’essence de la danse bretonne.

 

Alors, régalez-vous dans la musique et dans la découverte de cette magnifique ville de Fès !

Gérard Blanc, texte et photos

Information et réservations : https://fesfestival.com/2018/tickets/

 

Share

Laisser un commentaire


6 + = 11

Inscrivez-vous ici pour recevoir notre newsletter