Touristes, si vous saviez...
JE PARS TRÈS LOIN

Au fil du Mékong, à petits coups de gong…

C’est un fleuve de légende, et la seule évocation de son nom a toujours fait rêver. Embarquez avec nous sur une magnifique jonque en bois pour un périple de 700 km, du Cambodge au Vietnam, de Siem Reap à Ho Chi Minh-Ville.
Le Mékong, quatrième fleuve d’Asie, prend sa source sur le plateau tibétain, puis s’étire sur prés de 5 000 km à travers la Chine, la Birmanie, le Laos, le Cambodge pour finalement terminer sa course nonchalante au Vietnam.
MEKONG Au cœur de la péninsule indochinoise et du Cambodge, non loin des fabuleux temples d’Angkor, la petite ville de Siem Reap nous servira de point de départ pour dix jours de navigation sur ce «fleuve mère», traduction littérale de «Me Kong»…
Siem Reap n’est en fait située qu’à quelques encablures du Tonlé Sap, cet étonnant grand lac qui constitue le cœur du système hydraulique du Mékong. Sa superficie passe en effet de 3000 km2 durant la saison sèche, à 13 000 km2 en fi n de mousson!
Cet original phénomène de vases communicants  – le Mékong en crue atteint un niveau supérieur à celui du lac, forçant le courant de la rivière Tonle Sap à s’inverser pour aller remplir le lac en amont, a pour premier mérite de limiter les risques d’inondation au sud. Il explique surtout l’extraordinaire richesse de cette mer intérieure, l’une des plus poissonneuses au monde. De quoi satisfaire les quelques trois millions de Cambodgiens qui vivent autour ou sur le lac. Une kyrielle de villages lacustres vont jalonner ainsi notre descente, maisons flottantes ou sur pilotis, tandis que des centaines de petites embarcations témoigneront au fi l des jours de l’intense activité de ce peuple khmer installé ici depuis la nuit des temps.

Quand embarquement rime avec enchantement

En janvier, saison sèche synonyme de niveau d’eau très bas, le RV Indochine à bord duquel nous allons naviguer, ne peut faire escale à Chong Khneas, le port de Siem Reap. C’est donc à bord d’un MEKONG«speed boat» d’un autre temps que nous rejoindrons le magnifique navire en bois exotique.
Au coucher de soleil, amarré à un arbre planté là au milieu de ce grand espace aquatique, cette petite unité de 24 cabines dotée de tout le confort moderne fait figure de refuge. La première nuit ne sera bercée que par les cris d’oiseaux… et le tap-tap des moteurs deux-temps des pirogues qui sillonnent inlassablement le fleuve. A se demander si les Cambodgiens prennent le temps de dormir!
Le premier matin dans l’aube bleutée qui voit danser au fi l de l’eau des centaines de tapis de jacinthes d’eau, s’avère toujours un grand moment. Le capitaine a déjà levé l’ancre lorsque le soleil pointe au-dessus du fleuve. Silencieux, le RV Indochine fi le vers Kampong Chhnang, petite ville toute consacrée à la pêche. Sa partie la plus intéressante avec ses maisons sur pilotis s’étire le long du quai. Tout comme le marché localMaison sur pilotis, Mékong où les villageois viennent vendre leur petite production maraîchère et leurs poissons.
Non loin de Kampong Chhnang, un autre village tire sa renommée de sa poterie utilitaire et en particulier de ces fameux braseros présents dans tous les foyers cambodgiens. Plus tard, à bord de petites embarcations, nous pénétrons quasiment au cœur de ces maisons flottantes qui recèlent d’une activité débordante. A notre passage, les visages se montrent souriants et les enfants font de grands saluts…
Le temps d’un copieux déjeuner à bord, notre bateau a repris sa route, pour venir accoster quelques kilomètres en aval, à Kampong Tralach, un minuscule village difficilement accessible par la piste. Là, c’est à bord d’une charrette tirée par deux boeufs que nous partirons découvrir une pagode nichée au milieu de rizières. Paysage de carte postale et bénédiction d’un moine en prime.
A bord, la vie suit son cours. En toute sérénité, seulement rythmée par des coups de gong annonçant l’heure des repas ou le départ d’une excursion à terre. Du pont supérieur de ce navire au charme d’antan, on peut découvrir ces milliers de canalisations qui, à partir du fleuve, permettent de faire de ce bassin un gigantesque grenier à riz.
Les couchers de soleil se succèdent et lorsque le RV Indochine glisse dans la nuit, il est temps de se retrouver dans son douillet salon pour une séance cinéma en relation avec les découvertes du jour. Le programme se cale sur celui de votre journée, et de la réalité à la fiction, le grand écran renvoie alors une image qui n’a plus le même relief…
Le lendemain, c’est aux abords d’un autre petit village authentique, Koh Chen, que nous accostons. Au pied de la passerelle, des enfants nous accueillent, comme toujours. Ceux-là sont quasiment tous de jeunes vendeurs de bijoux en argent. Il faut dire qu’à Koh Chen, tous les habitants ou presque travaillent le cuivre gravé et argenté… Les coups de maillets résonnent sans relâche et rythment la vie, y compris dans la petite école où nous rencontrons Oum Son Thon. A 79 ans, le vieux professeur se plaît à raconter à tous ses visiteurs son enlèvement par les Khmers rouges.

MEKONG

A la rencontre de Phnom Penh, la «Perle de l’Asie»
Ce qu’il y a de bien avec ce type de croisière, c’est que l’on ne se rend pas vraiment compte de la distance parcourue. D’autant qu’à bord le personnel cambodgien se montre souriant et on ne peut plus disponible. Nous voilà donc arrivés à Phnom Penh, la capitale du Cambodge. Tout ici témoigne encore de l’héritage de la colonisation française. A commencer par ces grandes avenues (bordées de bâtiments à l’architecture européenne et coloniale) qui quadrillent la ville.
Vélo, Phnom PenhPhnom Penh a mis du temps à se remettre du passage des Khmers rouges. Mais elle s’est relevée grâce à l’afflux de capitaux étrangers. Alors, pour bien en prendre la mesure rien de mieux qu’un petit tour en tuk-tuk ou en cyclo-pousse. Le Palais Royal et la Pagode d’Argent, comme le Musée National, sont des incontournables. Mais il faut aussi oser la visite du tristement célèbre S21, ce camp de la mort installé dans un lycée d’avril 1975 à janvier 1979. Plus de 15 000 personnes y sont passées entre les mains des Khmers rouges. Sept prisonniers seulement y furent retrouvés vivants! Des chiffres qui se passent de tout commentaire.
Le soir venu, non loin du site où notre navire a accosté, le quai Sisowath s’anime. Les terrasses sont peuplées d’une foule cosmopolite et bruyante.
Après quarante-huit heures passées à profiter de cette première rencontre avec Phnom Penh, nous laissons la silhouette du Palais Royal se détacher derrière nous pour reprendre la navigation de nuit jusqu’à la frontière avec le Vietnam. Nous ne verrons rien des formalités effectuées à bord par l’équipage avec les autorités référentes. MEKONGMais en début d’après-midi nous arrivons à Chau Doc, première ville frontalière. C’est la porte du delta, là où le Mékong devient paresseux, où il traîne, se disperse et laisse éclater au grand jour sa nonchalance.
La spécialité de Chau Doc et de ses alentours est le poisson séché. D’une balade au sommet du Mont Sam, sorte de montagne sacrée, à la visite de la pagode de Tây An, le simple fait de respirer vous le rappelle avec insistance!
La même présence olfactive se dégagera le lendemain lors de la découverte du fabuleux marché de Sa Déc, ce trou perdu du delta où la petite Marguerite Duras a passé son adolescence. Aujourd’hui, progression du tourisme aidant, c’est la maison de «L’amant», Huynh Thuy Le, que l’on visite. Pour notre part, avouons-le, nous avons préféré le marché de ce «Jardin de la Cochinchine», son surnom de l’époque coloniale. Ici tout est frais: on décapite les volailles sur place, on ouvre les silures vivants, on écorche en direct devant le client rats et autres grenouilles… Âmes sensibles s’abstenir!
MEKONGNous voilà maintenant dans le Kampuchea Krom, le bas du Mékong. La vie sur les différents bras du fleuve s’anime toujours plus. Les minuscules embarcations des pêcheurs cambodgiens ont laissé la place à des barges surchargées et à une multitude de navires de transports de matériels. Au Vietnam tout le monde semble pressé. Et au fur à mesure que nous nous rapprochons de Ho Chi Minh-Ville, les grands champs de rizières laissent la place à de petites unités industrielles.
Même une dernière virée dans un petit sampan à travers les arroyos du côté de My Tho n’y changera rien. Nous voici revenus au XXIe siècle. La frénésie de Saïgon avec ses 10 millions d’habitants et quasiment autant de motos, nous a rattrapés…

Texte et photos Jean Beveraggi

Infos pratiques

Renseignements

Ce reportage a pu être réalisé grâce à la compagnie CroisiEurope, organisatrice de croisières fl uviales entre Siem Reap et Ho Chi Minh-Ville,
www.croisieurope.com, tél. +41 21 320 72 35
Mail: infolausanne@croisieurope.com

Vols

Air China: aller Genève-Beijing- Siem Reap, retour Ho Chi Minh-Ville-Beijing-Genève.
Korean Airlines: aller Genève-Zurich- Séoul-Siem Reap, retour Ho Chi Minh-Ville-Séoul-Zurich-Genève.
Cathay Pacifi c: aller Genève-Paris-Hong Kong-Siem Reap, retour Ho Chi Minhville-Hong Kong-Paris-Genève.

Filmographie

«Les deux frères» de Jean Jacques Annaud, «La déchirure» de Roland Joffé, «Holy Lola» de Bertrand Tavernier, «Indochine» de Régis Wargni

carte_mekong

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2 Réponses à  to “Au fil du Mékong, à petits coups de gong…”

  • PATRICE BARRERE:

    Ayant fait moi-même ce voyage, je dois dire que le reportage de Jean Bévéraggi reflète tout à fait les sensations ressenties lors de cette merveilleuse navigation et m’a remémoré de superbes souvenir.

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