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JE PARS EN WEEK-END

Kiev, la ville aux quatre cents églises

La capitale de l’Ukraine a plus d’un tour dans son sac pour que vous rentriez avec l’idée de repartir pour découvrir davantage encore de ce pays qui fut à la base de la culture russe, mais aussi celui des Cosaques, et de bien des convoitises de la part de plusieurs peuples, dont les envahisseurs tatars-mongols.

Dire que les Ukrainiens sont des croyants fervents est un euphémisme. Il suffit d’entrer un dimanche dans la cathédrale Saint-Michel de Kiev, juste pour capter les merveilleux chants polyphoniques orthodoxes, pour se rendre compte qu’il est impossible de se frayer un passage, si on n’est pas arrivé à l’heure du début de la messe. Les ouailles sont de tous les âges, avec une dominante de jeunes entre 15 et 25 ans, la majorité actuelle de la population ukrainienne. C’est à se demander si tant de dévotion ne serait pas comme pour rattraper le temps perdu après les interdits du soviétisme. Si beaucoup de monuments ont été restaurés, voire complètement reconstruits après l’ère soviétique, les églises ont eu la priorité, qu’elles soient d’ailleurs issues de l’église orthodoxe russe ou de la dissidente église orthodoxe ukrainienne.

Sur les bords du Dniepr
Ce fleuve long de plus de 2000 kilomètres qui traverse le pays et sa capitale de part en part est aussi un lieu de fête. Tout d’abord les bords sablonneux de la rive gauche qui servent de plage, mais aussi ceux de la rive droite, avec une activité incessante de croisières fluviales de toutes tailles. Les plus longues vont jusqu’à Odessa et même en Crimée. Mais l’une des plus grandes attractions de la rive droite du Dniepr, mise à part l’inévitable pêche à la ligne, c’est la «Barque des trois frères et de la soeur» symbolisant le débarquement de ce quatuor qui créa Kiev au 5e siècle. Devant cette sculpture géante en bordure du parc Primakova, il est une tradition à laquelle vous pourrez assister, surtout le samedi: les couples de mariés qui, pour faire un voeu, sablent le champagne et s’embrassent d’un long baiser dont la durée est mesurée par les invités, gage de longue vie de leur bonheur.

Une ville bâtie pour la chrétienté
Pour faire court, disons que Kiev doit son existence à deux hommes: Vladimir le Grand (plus tard canonisé) et Jaroslav Vladimirovitch, dit «le Sage». Le premier décida de faire de Kiev le centre de la religion chrétienne, en opposition permanente avec Constantinople qui voulait faire de même. Le second, fils du premier, poursuivit cet effort tout en donnant à l’Ukraine en général, et à Kiev en particulier, un essor à la Russie d’alors, dont Kiev était la capitale. Il sut à la fois repousser les attaques venant de tous les points cardinaux, qu’il s’agisse des Turcs, des Lituaniens ou des Polonais.

Les quatre religieuses

C’est inouï ce que les habitants de Kiev ont dépensé comme énergie pour rattraper le temps perdu après le bannissement de la religion par le régime soviétique. Nous en retiendrons quatre.

Celle qui remporte la palme est Sainte-Sophie, aujourd’hui transformée en musée, nommée ainsi peut-être en comparaison avec son homonyme de Constantinople. Commencée en 1037, sa construction dura environ vingt ans pour arriver à cette splendeur de cinq nefs et deux absides. Son intérieur est remarquable par ses fresques du 11e siècle, mais aussi quelques-unes du 18e. On y trouvera aussi une représentation de la famille de Jaroslav le Sage. Elle fut pratiquement la seule qui fut épargnée, tant par les Tatars- Mongols que par le régime soviétique, peut-être par superstition. On citera ensuite la cathédrale Saint-Vladimir, construite en l’honneur de celui qui introduisit la religion chrétienne en Russie. On admirera sa décoration faite par des peintres russes renommés, tels que Mikhaïl Nesterov ou Voktor Vasnetov. On gardera pour la bonne bouche la cathédrale et le monastère Saint-Michel «au dôme d’or» donnant sur une esplanade où trône la statue du fameux hetman cosaque Bodhan Kmelnysky, le héros, qui chassa définitivement les Tatars-Mongols et mit fin à leur domination depuis le 13e siècle, à l’occasion d’une bataille mémorable en 1644.

La place de l’Indépendance
C’est là que tout peut arriver, aussi bien sur le plan politique que de rencontres amoureuses, ou encore d’enfants prenant un bain de pied dans les bassins en cascade, tout se passe sous l’oeil bienveillant d’un ange doré aux ailes déployées juché en haut d’une colonne d’environ 50 mètres de hauteur. C’est sur cette même place que sont célébrées les fêtes nationales, mais le square qui est en son centre est, à l’instar de Hyde Park Corner à Londres, le théâtre de discours enflammés de telle ou telle opinion politique, religieuse ou idéaliste en tous genres. C’est enfin devant les fontaines et jets d’eau que se font prendre en photo, costumés ou non, les copines gloussantes, les couples d’amoureux ou les familles.

Mais revenons à cette magnifique église bleue de Saint-Michel aux multiples clochetons  d’or et à son monastère. Vous ne manquerez pas d’en admirer les deux fresques de part et d’autre des murs qui évasent l’entrée par la porte cochère d’où tintent des carillons à heures fixes. Dans la cour et les jardins de Sainte-Sophie, l’attraction est dans le va-et-vient des moines, mais aussi dans le jeu magnifique d’un patriarche pinçant depuis de nombreuses années les quelques 40 cordes de ce fascinant instrument traditionnel qu’on appelle la bandoura. Vient enfin la collégiale Saint-André, celle dont la construction fut commandée par l’impératrice Elisabeth Petrovna. On notera  les décorations luxueuses, dues notamment à l’architecte italien Bartolomeo Rastrelli, à qui on doit également plusieurs édifices de Saint-Pétersbourg.

Des quartiers et des portes
C’est précisément depuis cette dernière église que part la fameuse «Descente de Saint-André», sorte de Montmartre à la kiévienne, où sévissent les artisans et peintres ukrainiens de tous poils. Cette avenue, où vécurent de célèbres artistes et écrivains, dont Mikhaïl Boulgakov, débouche sur le plus vieux quartier de Kiev appelé Podol, en bordure du Dniepr. Un autre site de marque qui doit impérativement être cité se trouve proche de la cathédrale Sainte-Sophie. C’est la «Porte d’Or», vestige des anciens remparts de la ville. Cette tour massive en bois a pour particularité de côtoyer une statue donnant une idée assez précise du personnage de Jaroslaw le Sage.

Texte Erika Bodmer,
photos Gérard Blanc

Infos pratiques

Y aller

Vols sans escale Genève-Kiev avec Ukraine International Airlines.

Transports

Si les taxis sont d’un prix tout à fait abordable pour un Européen de l’Ouest, les transports publics le sont davantage encore. La course en funiculaire du monastère de Saint-Michel au bord du Dniepr revient à 1.50 hrynia par personne. Le métro est aussi un moyen pratique de parcourir des grandes distances, mais comme à Saint-Pétersbourg, il est recommandé de ne pas passer une station, chacune d’entre elles étant éloignée d’environ quatre kilomètre de sa voisine.

Courant

Pas besoin d’adaptateur, les prises ont le même écartement que celles de la Suisse.

Musées

Le Musée historique; le Musée d’art russe; le Musée Chevtchenko; le Musée d’art  oriental et occidental.

A voir encore

Le Palais impérial (malheureusement laissé à l’abandon); la Maison de Pierre le Grand; le palais de la culture d’Octobre construit au 19e siècle pour les jeunes filles nobles.

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