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JE PARS À LA DÉCOUVERTE

Antioche, Gaziantep, Urfa: histoire ancienne à l’est de l’Anatolie

Si le nom Antakya (Antioche) n’est pas totalement nouveau pour qui a lu, même superficiellement, la Bible, plus rares sont celles ou ceux qui ont entendu parler de Gaziantep ou de Sanilurfa. Pourtant, on y découvre une foison de références aux histoires bibliques et antiques, au cours desquelles Séleucos 1er Nikator, général d’Alexandre le Grand, fonda la dynastie des Séleucides.

Une agréable surprise parmi d’autres, est que cette région du sud-est de l’Anatolie, à la limite de la Syrie, est pour l’instant assez peu fréquentée par les touristes. L’heureuse conséquence en est une quasi-absence de sollicitations, y compris dans les bazars. Agréable, non? Vous passez et vous achetez si vous en avez envie. Il m’est même arrivé de me faire inviter pour une tasse de thé par un armurier qui savait qu’il n’allait rien me vendre. C’était dans un simple geste d’amitié et de convivialité.

Antakya (Antioche), ancrage des apôtres
J’ai dû me replonger dans la Bible pour mieux comprendre ce que ce lieu signifiait pour tous les chrétiens. Tout comme Jérusalem ou Rome, Antiocheelle représente une étape importante pour le développement de la religion chrétienne. C’est à Antioche que vécut l’apôtre Paul, dit Saül, ou encore Paul de Tarse, qui fit d’Antioche son point de départ pour l’évangélisation de l’est du bassin méditerranéen. C’est là aussi que vécurent les apôtres Pierre et Barnabé. Pierre y aurait créé la première communauté chrétienne. A environ un kilomètre en bordure d’Antioche se trouve la grotte rupestre où il célébrait ses cultes en cachette. On peut la visiter aujourd’hui, et des pèlerins s’y rendent régulièrement.

Œcuménisme à Antioche

Le père Domenico Bertogli, capucin originaire de l’Emilie-Romagne est curé en Turquie depuis 1966. Son premier poste a été à Izmir (Smyrne), puis à Antakya (Antioche) où il demeure actuellement depuis 1987. Il y a entamé depuis cette date un long travail de reconstruction d’une communauté chrétienne à travers un dialogue œcuménique avec les autres communautés monothéistes qui sont protestante, israélite et musulmane.

Proche de cette église, il faut demander de vous faire guider, à quelques mètres de là, un peu plus haut, jusqu’à l’imposante sculpture dans le rocher de Charon, cet être mythique, dont le buste domine un ruisseau que les anciens apparentaient au Styx, lieu de passage des âmes vers le royaume des Ténèbres. Tant depuis ce rocher que depuis la grotte de Saint-Pierre, la vue panoramique sur l’ensemble de la ville d’Antioche est simplement magnifique, mais elle est plus belle encore depuis les ruines des anciens remparts jadis construits par les croisés, éclairées comme par des spots rouges au moment du coucher du soleil.

De retour en ville, deux autres sites sont incontournables. Le premier est le musée des mosaïques qui pourrait entrer en concurrence avec celui du Bardo à Tunis par la qualité et la variété de ses mosaïques romaines et helléniques, mais probablement détrôné par celui des mosaïques de Gaziantep, dont nous parlerons plus tard. A voir absolument: le sarcophage romain du 3e siècle, des superbes mosaïques presque intactes apprenant beaucoup sur l’histoire antique de la ville et représentant des personnages mythiques bien connus, tels Héraclès luttant contre les serpents, et des statues de lions en basalte datant de l’empire séleucide, Orphée charmant les animaux, et bien d’autres encore.

Le second site qui m’a marqué est la mosquée dédié à Habibi Neccar, le charpentier bien-aimé qui descendit de la montagne pour venir au secours de deux émissaires du Christ que la ville d’Antioche avait emprisonnés et voulait exécuter. Il transpire de cet édifice d’origine byzantine, transformé en mosquée au 13e siècle, une atmosphère paisible.
La cour et ses arcades, où le muezzin fait sa sieste, donne une impression de fraîcheur dans une canicule ambiante. L’intérieur avec ses tapis et ses velours rouges est feutré et contraste avec la rue tonitruante que l’on aperçoit depuis les vitres croisées de la salle de prière. Au sud d’Antioche se situent les légendaires cascades d’Harbiye où se trouvait jadis le temple de Daphné. Ces cascades sont, certes, imposantes, mais on peu y regretter le trop grand nombre de boutiques qui jalonnent le parcours et la quantité de bouteilles et de sacs en plastique qui jonchent le sol.

Des sphinx à la pelle

Environ à mi-chemin entre Antioche et Gaziantep, un arrêt s’impose à un site peu commun qu’est la carrière de Yesemek, dont la fonction était, dès le 10e siècle avant J.C., de sculpter dans le grès des sphinx, des lions et autres dieux des montagnes, œuvres que les chercheurs ont attribuées à la période hittite. La disposition à flanc de colline de ces ébauches de sculptures donne un aspect insolite entre un alignement de menhirs et les statues de l’île de Pâques à petite échelle.

Gaziantep, la résistante
Le site le plus fabuleux à découvrir à Gaziantep, ville qui compte aujourd’hui plus d’un million d’habitants, est le nouveau musée des mosaïques qui vient récemment d’ouvrir ses portes en bordure d’une route passante qui jadis fut empruntée par les caravanes de la Route de la Soie et aujourd’hui symbolisée par des chameaux et leurs chameliers en terre cuite. Mais consacrons nous à ce musée exceptionnel constitué en hâte lorsqu’on s’aperçut lors des travaux de la construction du barrage de Birecik sur l’Euphrate, qu’une grande partie de la vallée possédait de véritables trésors de vestiges de villes romaines et, préalablement helléniques sous le général Séleucos 1er Nikator. Les sites ont pour nom Apamée sur la rive gauche et de Séleucie-Zeugma sur la rive droite. Heureusement, une grande partie des mosaïques put être sauvée peu avant que la vallée ne fut engloutie par la formation du lac.

En allant sur le site de l’ancienne Zeugma, on constate qu’une partie de la ville romaine, qui devrait être prochainement ouverte auUn artisan du cuivre à Gaziantep © Gérard Blanc public, laisse présager dans les tumulus avoisinants de couleur ocre, que d’autres sites romains ou helléniques n’attendent que les fouilles pour être découverts et offrir ainsi au public d’autres véritables merveilles, avec, en prime, le panorama éblouissant des rives du lac.

Mais en attendant, il faut admirer, au musée de Gaziantep, les mosaïques antiques qui pourraient bien être les plus belles du monde où, comme à Antioche, la plus grande partie est totalement intacte, au contraire de bien d’autres musées où elles ne sont que partiellement reconstituées. Il faut aussi suivre le film qui explique de quelle manière elles ont pu être sauvées des eaux.

Un autre site de renom de Gaziantep est le château médiéval. Il offre, comme curiosité, un corridor consacré à l’hommage patriotique aux héros qui résistèrent sous le commandement du général Sahin Bey pendant 11 mois à l’invasion française entre 1920 et 1921. Les combats firent 6317 victimes du côté turc.

En longeant le château, on se trouve en plein dans le quartier des travailleurs du fer et, plus particulièrement, des marteleurs du cuivre. Plus loin, ce sont tous les genres de commerces courants qui s’échelonnent le long du trottoir et donnent une bonne idée de la vie quotidienne: enfant portant à son patron un plateau de thé, barbier et son client, compagnons jouant au backgammon ou aux cartes, etc. Le chemin mène jusqu’à l’entrée du bazar où, on s’en doute, les plats en cuivre et autres objets en métal façonné sont prépondérants.

La ville d’Abraham
Sanilurfa (ou plus simplement Urfa) serait le lieu de naissance d’Abraham. La grotte où il aurait vu le jour est aujourd’hui aménagée en mosquée. Mais le centre d’intérêt majeur est le bassin de Ayn-Züleyha, dit lac d’Abraham. La légende raconte qu’à cet endroit, le roi Nimrod (Nehmrut) aurait lancé Abraham dans une fournaise, laquelle se serait transformée en lac. Abraham aurait ainsi été sauvé. Aujourd’hui, ce lac entouré de murs et de colonnes est peuplé de carpes sacrées, qui sont nourries par les promeneurs auxquels ce geste porterait bonheur. A une quarantaine de kilomètres de là se trouve le site d’Harran (de son ancien nom Carrhes), un autre lieu mystique cité dans l’Ancien Testament. Après Ur, elle représentait le second sanctuaire du dieu-Lune Sîn, adoré par les Sémites de Mésopotamie.
C’est dans cette cité que demeura Terah, le père d’Abraham. Qu’en reste-t-il aujourd’hui après sa destruction par le feu par les Hittites? Peu de choses, il est vrai, si ce n’est un ancien portail et une tour. Mais le côté le plus spectaculaire de l’endroit est sans conteste le village attenant dominé par un ancien château hittite et formé de pittoresques maisons coniques en pisé, avec leur cheminée au centre, ayant une étrange similitude avec les trulli des Pouilles dans le sud de l’Italie.

Un tel périple trouve sa conclusion par une visite du bazar et un repas en terrasse dans le quartier des restaurants de kebabs avec vue plongeante sur un boucher préparant les kebabs de tous les restaurants du quartier.

Texte et photos Gérard Blanc


Infos pratiques

Y aller

Vol Genève-Istanboul-Hatay avec retour depuis Urfa avec Turkish Airlines.

Renseignements

Office du tourisme de Turquie en Suisse, +41 (44) 221 08 10, www.goturkey.com.

Loger

Savon Hotel à Antakya (ancienne savonnerie transformée en boutique hôtel); Ravanda Hotel à Gaziantep et Manici Hotel à Sanilurfa.

Boire et manger

Si le raki (anisette) est assez populaire dans la partie ouest de la Turquie, elle l’est moins dans cette région. Les restaurants proposent volontiers des mezzés (hors d’œuvre variés) en entrée et des kebabs (brochettes) ensuite (attention, ne pas confondre avec le döner kebab fait d’un mélange de viande et bien connu chez nous). Il s’agit de brochettes de dés d’agneau ou encore de kefte à la viande hachée. La région est la plus productrice de pistaches du pays. Elles y sont meilleures que nulle part ailleurs. A noter enfin que Gaziantep est le royaume des gâteaux au miel et aux amandes appelés baklava sous toutes leurs formes dont les meilleurs sont, bien entendu, ceux qui sont à la pistache.

Agences spécialisées

L’Atelier du Voyage, +41 (21) 312 34 22; Géo-Découverte, +41 (22) 716 30 00; Sunorient, +41 (21) 340 60 60.

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Une réponse à  to “Antioche, Gaziantep, Urfa: histoire ancienne à l’est de l’Anatolie”

  • Patrick Galan:

    Salut Gérard,

    Félicitations pour ce beau reportage dans lequel je retrouve les émotions vécues il y a un an dans ces belles régions.
    Cordialement
    Patrick Galan

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