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JE PARS EN WEEK-END

La Bastille, le Paris de la révolution et de la fête

Proche de la gare de Lyon à Paris, le quartier de la Bastille dévoile des trésors d’histoire, d’anecdotes et, surtout, fourmille d’endroits où faire la fête.
« A la Bastille ! », fut à la fois le mot d’ordre des révolutionnaires de 1789, mais aussi le titre d’une célèbre chanson écrite par Aristide Bruant (qui ne l’a pas chantée autour d’un feu de camp !), sans compter la fameuse « Rue de la Roquette », du Vaudois Michel Bühler en référence à une amante, du temps où il traînait ses savates à Paris.

Paris est un assemblage de quartiers, chacun avec sa personnalité, comme de nombreux villages collés les uns aux autres. Découvrons l’un d’entre eux, celui de la Bastille, haut en couleurs, qui fut le creuset de bien des révoltes et des bagarres et est un peu un baromètre des tensions entre le pouvoir et le peuple de Paris. Il se situait autrefois hors de Paris, autour d’un  couvent du 13ème siècle dédié à Saint-Antoine-des-Champs et dont les pensionnaires étaient des abbesses de sang royal, ce qui leur conférait des privilèges, comme  ne pas adopter les règles qui avaient cours ailleurs à Paris.  Sur le domaine de l’abbaye, les abbesses pouvaient donc décider ce que bon leur semblait, et, surtout, de donner une grande liberté de création à tout un tas de métiers, comme principalement, les métiers du meuble. Ceci eut pour effet l’installation de toute une quantité d’ébénistes, de miroitiers, de tapissiers et autres marchands de meubles qui, bien qu’en grande diminution, y œuvrent encore aujourd’hui.

Le fort
Commençons d’abord par la place de la Bastille elle-même, qui ne garde que peu de traces de l’ancienne  forteresse de 24 mètres de haut et qui, à l’origine, devait servir de porte fortifiée pour l’entrée de Paris. Elle fut ensuite transformée en prison d’Etat, où étaient enfermés ceux qui pouvaient déranger la royauté et qu’on emprisonnait sans procès. Certains personnages illustres y furent incarcérés, comme Voltaire, l’Homme au masque de fer ou le marquis de Sade. Ce fut davantage un symbole de la répression monarchique à détruire le 14 juillet 1789,  plus que pour en libérer les prisonniers qui n’étaient qu’au nombre de sept après l’assaut des révolutionnaires. Il ne reste rien de cette prison, mais, si quelqu’un d’avisé vous les montre, vous découvrirez au sud de la place plusieurs ronds de pavés rouges délimitant les anciennes tours, et le tracé des murailles sur les quais de la station du métro Bastille.

Opéra Bastille

Opéra Bastille

La Coulée verte
Derrière l’Opéra, sur le toit du tracé de l’ancienne ligne de chemin de fer reliant la Bastille à La Varenne-Saint Hilaire en banlieue est, a été aménagé un espace piétonnier arborisé long de 4,5 km  et dû à Philippe Mathieux et Jacques Vergely et dédié à l’agronome René Dumont. Baptisée « Coulée verte », c’est un véritable havre de paix apprécié des Parisiens en quête de fraîcheur et de calme, les bruits de la circulation étant estompés par la hauteur de l’ouvrage.

La place
Aujourd’hui, la place de la Bastille se distingue d’abord par l’Opéra-Bastille, dont la construction avait été commandée par François Mitterand et dont le projet a été réalisé par Jack Lang, alors ministre de la Culture. Elle fut construite dans un esprit populaire, pour rendre la culture de l’opéra et du ballet à la portée de tous. On y donne des œuvres de tous les styles. Un autre site notoire de cette place est la majestueuse colonne de Juillet, construite après les « trois glorieuses »,  lors des révoltes qui déclenchèrent la chute de Charles X et l’arrivée au pouvoir de Louis-Philippe. A son sommet trône le symbolique « Génie de la liberté ». Sur cette colonne figurent les noms de tous ceux qui moururent lors des affrontements de la prise de la Bastille. A sa base, une crypte est en cours de réfection et devrait bientôt être ouverte au public. Au sud de la place, la vue sur le bassin de l’Arsenal, résurgence du canal Saint-Martin, avec ses péniches et ses bateaux de loisir donne un tableau impressionniste.

Les passages
Cour, ParisLe quartier est truffé de passages et de cours occupés par des bureaux ou des ateliers pour les uns, ou d’habitations pour les autres. Ils sont parfois fleuris, voire arborisés, et donnent une impression de paix et de calme, comme protégés de l’animation trépidante des artères du quartier. Tous ne sont pas ouverts au public, en tous cas rares sont ceux accessibles les week-ends. Si la chance vous sourit, vous pourrez les découvrir avec bonheur les uns après les autres. Le passage du Cheval-Blanc et son ensemble de courettes portant les noms des mois du calendrier se caractérise par ses murs à colombages. Dans le passage Lhomme, beaucoup d’ateliers ont mis la clé sous la porte mais leurs enseignes affichent encore des numéros de téléphone datant des années 50. C’est peut-être au assage de la Bonne graine qu’on trouvera un esprit radicalement provincial avec beaucoup de verdure qu’on croirait sortie des films de Renoir ou de Grangier. Le passage du Chantier est conforme à la vocation initiale du quartier avec des tapissiers et des copistes de meubles anciens encore en activité. Son porche a été aménagé en galerie de fresques originales aux titres poétiques.

C’est la fête
Ce quartier pourrait compter le plus grand nombre de commerces de bouche au km2 que bien d’autres à Paris. On y trouve des établissements en tous  genres, de tous les styles et de toutes les origines, la plus grande concentration étant dans la rue de la Roquette et son atmosphère de fête permanente. C’est plein de petits restaurants à thème, de l’auvergnat au breton, du cubain au brésilien. Certains restaurants du quartier ont une réputation historique, comme la brasserie alsacienne Bofinger, rue de la Bastille, où Alsaciens, menuisiers et ébénistes retrouvaient leurs plats régionaux et apportaient même leurs propres chopes pour s’y faire servir leur bière préférée.  D’un restaurant sans prétention, il devint la coqueluche des Parisiens au point d’être décoré du style Art nouveau.  Avenue Ledru-Rollin, le Bistrot du Peintre est un autre restaurant  du même style qui s’affiche ouvertement « restaurant français », peut-être pour donner le change aux nombreux établissements étrangers de la rue de la Roquette.

Bistrot Paris

Les Apaches
En remontant la rue de la Roquette, on tombe sur la rue de Lappe, ancien lieu de rendez-vous des « Apaches », ces voyous en bandes, violents et sanguinaires, qui vivaient de rapines et de proxénétisme et portaient un uniforme (chaussures jaunes vernies, pantalons pattes d’éléphant et « œil de biche » tatoué au coin de l’œil).  Leur nom avait été donné par un commissaire de police qui les comparaient aux membres de la tribu amérindienne, réputée comme cruelle.  La Guerre de 14-18 mit fin à leurs agissements, car ils furent tous envoyés au front. C’est dans cette même rue que se trouve le célèbre « Balajo » (du nom de son premier propriétaire Jo France), ouvert en 1936 et toujours en activité, un bal populaire ayant suivi toutes les évolutions et, après le bal musette et la disco,   vibre aujourd’hui aux sons du rap et de la techno.

Rue du Baubourg Saint-Antoine, ParisUn quartier classique
A l’Est de la rue de la Roquette on tombe dans un quartier assez classique avec, ici un hammam, là un jardin public dédié au fameux ébéniste Jean-Louis Majorelle spécialisé dans l’Art nouveau et père de Jacques Majorelle, auquel on doit un jardin botanique à Marrakech, des écoles et leurs espaces ludiques, des murs  végétalisés et, dans de nombreux endroits, ces figurines en forme de mosaïque collées aux  murs des maisons et que l’on doit à l’artiste Invader. Comme ailleurs dans le monde les lieux où se trouvent ces figurines sont photographiés par des collectionneurs d’images qui les répertorient sur une application mobile et accumulent des points sans récompense autre que des félicitations. Quelques surprises font aussi partie des bizarreries de l’architecture avec, par exemple,  dans une encoignure de l’avenue Ledru-Rollin, une ancienne fontaine encastrée dans un immeuble récent.

Sainte-Marguerite
« Quand elle était p’tite, le soir elle allait, à Sainte-Marguerite, se faire dessaler… », chantait Bruant. La chanson cruellement véridique passée dans le commun des chansons retraçant une période sombre de la prostitution enfantine à Paris (combien sont ceux qui la chantent sans vraiment en saisir la portée) se réfère à une maison proche de l’église paroissiale de Sainte-Marguerite où les voyous gagnaient leur vie sur les charmes de pauvres victimes.  Mais, rassurez-vous, cette église n’était pas mêlée à ce trafic, bien que le terrain de l’église ait été partagé lors de la Révolution avec le Club des écrivains libertaires, des antis-cléricaux. Retenons que cette église a vécu de nombreux événements, surtout lors de la première révolution.  On y aurait enterré Louis XVII (le « petit mitron »), ainsi que les corps d’environ 300 personnes guillotinées sur la place de la Bastille. A retenir aussi, parmi les chapelles du pourtour de la nef, celle décorée en trompe-l’œil par le peintre Brunetti.

Texte Erika Bodmer, photos Gérard Blanc

Ce voyage a pu être réalisé avec l’aide  d’Atout-France www.atout-france.fr, de Lyria www.tgv-lyria.com/fr-CH, de l’Office du tourisme et des congrès de Paris www.parisinfo.com et de la société de guides l’Echappée belle www.echappee-belle.com .

 

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