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Saint-Gall : une longue histoire interconfessionnelle

A quelques kilomètres du lac de Constance, la vieille ville de Saint-Gall possède une richesse historique et une authenticité hors du commun. Ville de 75’000 habitants, à une altitude pouvant varier entre 500 et 1000 mètres, Saint-Gall, a vécu une dualité religieuse entre catholiques et réformés, dont la mémoire collective ne s’est jamais complètement débarrassée.
En 612, un moine du nom de Gallus partit d’Irlande pour évangéliser l’Italie et arriva sur les bords du lac de Constance avec ses compagnons, dont le plus fidèle était un certain Colomban de Luxeuil. Au bout d’un certain temps, Gallus préféra rester sur place et laisser Colomban et plusieurs autres moines poursuivre leur route à travers les Alpes, s’estimant trop vieux pour faire un tel voyage (il avait dépassé la soixantaine). Il chercha un lieu propice à passer le reste de sa vie en ermite. Il choisit la vallée où se situe la ville de Saint-Gall aujourd’hui. Il y construisit une chapelle en bois, et bientôt un cercle de fidèles se forma autour de lui, et devinrent des moines à leur tour. Gallus y vécut jusqu’à 90 ans et fut enterré là même où se dresse aujourd’hui l’abbatiale devenue cathédrale.

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La légende de l’écusson
Le premier jour où Gallus arriva sur place, il pêcha du poisson et s’agenouilla pour prier. Un ours arriva et Gallus lui dit « Apporte-moi du bois et mets-le dans le feu ». L’ours s’exécuta. Pour le remercier, Gallus lui donna un pain, mais lui demanda de disparaître lui indiquant que désormais, le lieu serait exempt d’animaux sauvages et de mauvais esprit et serait consacré à la prière. Cela explique l’emblème de Saint Gall, à savoir l’ours et la brassée de bois. L’ours figurant sur l’écusson d’Appenzell aurait la même origine.

La vieille ville
Au début, ce qui n’était d’abord qu’un village, fut entouré d’un muret qui lui donnait déjà l’aspect d’une petite ville. De condition modeste, les artisans ne purent pas acheter du terrain en ville mais furent gratifiés de parcelles plus abordables dans le faubourg du nord. Peinture murale A trois reprises, la ville fut détruite par le feu. Le dernier incendie eut lieu en 1418, à la suite duquel on la reconstruisit entièrement. On en profita pour inclure le faubourg dans la l’agglomération qui, vu d’avion, prit la forme d’une cacahuète avec des remparts qui l’encerclèrent entièrement. Les murailles disparurent au 19ème siècle. Aujourd’hui, la ville a toujours sa forme du 15ème siècle avec la place du marché au centre.  La place de la Cathédrale est l’une des plus imposantes de Suisse avec notamment le palais qui héberge aujourd’hui des bureaux administratifs cantonaux et, au troisième étage, là où se trouvait la salle du trône, siège le parlement Saint-Gallois. enseigneAu 2ème étage de la tour se trouve l’appartement de l’évêque. La route qui contourne la vieille ville a remplacé ce que furent les remparts à l’exception d’un pan de mur derrière l’Abbaye. Elle est au fond d’une vallée dominée, au nord, par la colline Rosenberg au sommet de laquelle se trouve l’université et ses 8500 étudiants, mondialement reconnue, bas-reliefavec une succursale à Singapour et une autre au Brésil. Le plus spectaculaire de la vieille ville de Saint-Gall sont ses vieilles maisons, dont certaines sont à colombages, ses enseignes médiévales et ses encorbellements, signes extérieurs de richesse et objets de bravades entre propriétaires à celui qui aura le plus richement décoré. On en retrouve sur plusieurs maisons dans des quartiers réservés à leurs corporations. La plupart étaient construits en bois, car leurs décorations pouvaient être plus facilement sculptées, bien que plus vulnérables en cas d’incendies.  Chacun de ces encorbellements a sa petite histoire qu’on découvre en observant les décorations. A la rue de la boule, on remarquera  les encorbellements à deux étages comme, par exemple, la maison du Cygne et, adjacente, la maison de la Boule dont les ornements racontent une histoire de rivalité entre deux beaux-frères, riches marchands.

La cathédrale
Au début, il s’agissait d’une simple chapelle en bois, laquelle fut remplacée par une église en pierre au 8ème siècle. porte d'église ouverteElle resta modeste et vieillotte avec un chœur gothique jusqu’en 1798, où elle reçut le coup de grâce par les troupes napoléoniennes qui fermèrent le monastère et ses 1000 ans d’histoire. Les moines adeptes de Gallus quittèrent Saint-Gall. Après le départ des troupes françaises, une médiation entre Napoléon et les autorités de la ville aboutit à la création d’un canton avec les terrains entourant la ville et Saint-Gall comme capitale. Tout changea politiquement et l’abbatiale ferma ses portes en 1803. Un riche prince-abbé décida de la reconstruire plus grande et plus moderne avec deux tours, contre l’avis des moines qui auraient souhaité garder l’église en l’état. D’importants travaux de peinture et de sculpture sur bois furent engagés. Le chœur gothique fut conservé. L’abbatiale fut toujours un lieu de pèlerinage sur la tombe de Saint Gall. Elle se trouve aussi sur la route des pèlerinages à St Jacques-de-Compostelle, preuve en est le symbole de la coquille Saint-Jacques qu’on y découvre par endroit. A ce jour, c’est donc une cathédrale et la plus grande église paroissiale du canton.

La réforme
Saint-Gall fut la deuxième ville réformée de Suisse après Zurich à partir de 1527. Berne ne l’a été qu’en 1528. Vinrent ensuite Bâle, puis Schaffhouse et enfin Genève (1536). Le réformateur de Saint-Gall s’appelait Joachim Watt, alias Vabian, et sa statue trône sur la place du Marché. En 1527, presque toute la ville était réformée. Ceux qui souhaitaient rester catholiques étaient priés de se loger ailleurs.

Les frères ennemis
Après la guerre de Kappel am Albis, où Zwingli fut assassiné, le prince-abbé revint à Saint Gall et l’abbatiale redevint catholique. Il l’avait fait bâtir pour gérer son grand domaine. Au troisième étage se trouvait la salle du trône pour montrer à tous que sa fonction n’était pas seulement religieuse, mais aussi féodale. Dans l’abbatiale, le prince-abbé n’avait pas droit à une porte. Chaque fois qu’il voulait aller sur ses terres, il lui fallait emprunter une porte protestante. Ce problème de porte et la dualité des religions fut, pendant quarante ans, le fait d’une mésentente permanente, sans jamais être violente. En 1566, le prince-abbé parvint à infléchir la décision des administrations protestantes des Etats suisses qui protégeaient Saint-Gall et obtint que l’administration saint-galloise l’autorise à percer une porte dans les remparts derrière l’abbatiale. C’est la seule porte d’époque qui est encore présente ayant résisté aux incendies. Mais à l’époque, l’abbé eut l’obligation de construire un mur autour de l’édifice, payé à moitié par le pince-abbé, afin de protéger la ville d’intrusions suspectes. Le mur resta dans son intégralité jusqu’en 1828 (aujourd’hui, une petite partie est encore debout). C’était une forme de divorce à l’amiable qui permettait à chaque communauté de vivre chacune de son côté. Une petite porte fut aménagée dans le mur. Le prince-abbé possédait la clé intérieure, la municipalité protestante possédait celle de l’extérieur, mais en fait, la porte restait ouverte en permanence.

Eglise de Saint-Laurent
L’église de St Laurent est le temple protestant qui, jusqu’en 1527, était une église catholique. Elle fut construite au 10ème siècle et complètement rénovée il y a 150 ans. C’est là où, en 1528, furent réunis les bourgeois de la ville qui apprirent que désormais l’église et la ville seraient de confession protestante. L’intérêt de la visite de cette église sont les aménagements qui y avaient été faits avec une distribution des sièges selon une hiérarchie précise : en haut, les notables « Junkers » et à côté d’eux, la corporation des tisserands ; en bas à droite, le conseil paroissial avec vue directe sur le pasteur et partout ailleurs, le reste de la congrégation avec des places réservées aux familles.

Un tissu qui se porte bien
Au Moyen-Age, les Saint-Gallois commencèrent à tisser du lin acheté hors de la ville, mais sélectionné pour ne garder que la matière de la meilleure qualité. IMG_9236+Ils la faisaient blanchir et sécher au soleil sur les prés autour de la ville. Cela donna un tissu quasi parfait qui fut exporté dans le monde entier. C’est à l’argent de l’exportation des tissus de lin qu’on doit l’enrichissement de la vieille ville et les superbes maisons qui jalonnent aujourd’hui les rues. Par la suite, l’industrie du textile s’est diversifiée en se tournant vers la broderie. En 1878, le musée du textile a vit le jour, la collection ne cessant de s’enrichir. IMG_9229Au début du 20ème siècle, quasiment chaque foyer abritait au moins une personne qui travaillait, soit à domicile, soit dans l’usine pour la broderie, voire pour la dentellerie. Le musée du textile est aujourd’hui, le lieu est idéal pour apprendre l’histoire de l’art textile et de la broderie qui fit la richesse de Saint-Gall, avec, en prime, une vieille brodeuse toujours en activité.  La collection regroupe quelque 30’000 étoffes archéologiques égyptiennes, broderies historiques, dentelles européennes, textiles ethnologiques, étoffes historiques ainsi que costumes, outils de manufacture et créations d’art textile contemporain.

Textes Erika Bodmer, photos Gérard Blanc

 

Infos pratiques

Y aller

Par la route : 3h30 de Genève, 3h de Lausanne, 2h de Fribourg
Par le train : 4h06 de Genève, 3h33 de Lausanne,  2h 31 de Fribourg

Restaurants

Gaststube Zum Schlössli (bâtiment historique, cuisine gastronomique) ; le Drahtseilbähnli (champion de la bratwurst de St Gall)

Hôtel

Oberwaid (vue sur le lac de Constance), le Vadian (vieille ville)

A voir encore

La bibliothèque abritant 140 000 documents, dont certains sont millénaires ; le musée d’Art contemporain, lieu expérimental pour des projets internationaux et régionaux

 

 

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