Touristes, si vous saviez...
JE PARS EN WEEK-END

Ségovie la Castillane majestueuse

A une heure de voiture de Madrid, Ségovie est une ville riche en histoire avec, notamment, un vestige romain rappelant le pont du Gard et des rues sorties du Moyen Age. A l’instar de Chinchon ou d’Aranjuez, elle figure sur la liste des splendeurs historiques espagnoles qui, ajoutées au charme de la capitale ibérique, sont un atout supplémentaire pour des escapades culturelles.
Nombreux sont les Madrilènes qui se lèvent tôt, le dimanche matin, pour aller passer une journée à Ségovie pour découvrir, ou, surtout, retourner dans cette cité de loisir, de culture et de gastronomie. Son riche passé se reflète dans son architecture, ses maisons d’époque médiévale aux balcons décorés, ses églises romanes, son Alcazar, ses remparts et sa cathédrale gothique. La ville se divise en quartiers emprunts d’histoire.

Segovia

Le trône des Trastamare
La dernière mais pas des moindres est l’Alcazar, château trônant au sommet de l’éperon rocheux selon la bonne tradition des autres fortifications du pays. Comme son nom l’indique, elle fut construite pendant la domination arabe en 1120, environ trente-cinq ans après la conquête de la ville par les musulmans. Mais il semblerait que le site dominant la plaine ait précédemment été exploité par les Romains qui, eux aussi, auraient bâti une forteresse au même endroit, ce qui coïnciderait logiquement avec la présence de l’aqueduc. Après avoir été la résidence des souverains de la Maison des Trastamare (tels Ferdinand II d’Aragon, également roi de Castille et Léon, de Barcelone, de Majorque, de Valence, de Sardaigne, de Sicile  et j’en passe probablement), et fut ensuite convertie en prison, la royauté ayant déménagé définitivement à Madrid au 18ème siècle, puis comme siège du Ministère de la guerre à la fin du 19ème siècle.

Si Ségovie est une grande agglomération, c’est en premier lieu sur le quartier historique qu’il faut se concentrer pour tirer l’essentiel de cet ensemble d’œuvres artistiques  et architecturales les plus riches d’Espagne. Cet éperon rocheux face à la Sierra de Guadarrama, sur lequel il a été bâti a donc, tout naturellement, été répertorié dans la liste des patrimoines mondiaux de l’UNESCO depuis 1985.

La marque romaine : Déambuler dans la ville consiste immanquablement à grimper des rues qui mènent à la Plaza Mayor et, ensuite, à l’Alcazar. Il est fortement recommandé de laisser sa voiture dans l’un des parkings de la périphérie et de poursuivre la visite à pied. Le premier pas consiste déjà à franchir l’une des grandes arcades au pied du grand aqueduc. Celui-ci est un rappel inévitable de l’influence romaine (peut-être l’un des plus beaux d’Espagne), progrès certes, mais aussi empreinte dominatrice sur la tribu celte qui y habitait à l’origine. L’intérêt de cette construction massive se concentre sur ses quelques 160 arches, dont la plupart sont construites dans un granite sans mortier. Il faut prendre conscience que les blocs qui s’emboîtent les uns aux autres et qui composent cet édifice pèsent jusqu’à deux tonnes chacun. Ils ont été empilés selon une formule énigmatique, à l’instar des édifices incas (Pérou), nuraghe (Sardaigne) ou encore sur le modèle des pyramides d’Egypte, prouesses architecturales des temps reculés.

Segovia

Tableaux de rues : On les croirait sorties de la période des Rois Catholiques ou de Charles Quint, ces maisons  anciennes bordant les rues de Ségovie qui Segoviasont des œuvres d’art par excellence avec des cours décorées d’azulejos, des blasons des familles de la vieille noblesse, de superbes balcons en fer forgé, des baies vitrées, etc. Un bon exemple est celui de la famille de la Hoz où siège aujourd’hui l’École d’art de Ségovie. Certaines façades arborent des fresques représentant des matadors célèbres, histoire de rappeler que la tauromachie est l’une des traditions ancestrales de la ville. Subrepticement et discrètement, il faut franchir les porches de ces maisons pour parfois y découvrir des de charmants patios fleuris, comme par exemple, celui de la Casa de los Del Río. Des pauses s’imposent pour admirer les panoramas qui se présentent depuis plusieurs terrasses, telles celle du Paseo del Salón avec vue sur les parcs de verdure ou encore sur les toits de tuiles rouges. A ce propos, la plus belle vue reste encore celle que l’on a sur la ville entière depuis le mirador de la Pradera de San Marcos, mais pour cela, il faut sortir de la ville. Après avoir franchi la Puerta del Sol, on aboutit à  la rue de la Judería Vieja, où nous pouvons visiter l’ancienne grande synagogue, signe que nous sommes arrivés au quartier juif.

Le quartier juif : On y accède par la rue de Cervantes en passant la porte de la Lune pour finir devant le Paseo del Salón. Là encore, on admirera les façades pittoresques des Segoviamaisons avec des motifs géométriques et représentant des végétaux. En cours de route, on passera devant l’église romane San Martín, ainsi que devant la Casa de los Picos, remarquable pour sa façade quelque peu agressive (rappelant un peu le pavillon militaire de l’Expo 1964 de Lausanne), faite de blocs de granit en pointes de diamant dardant vers l’extérieur et son portail en arc de cercle orné de grands claveaux. Mais pourquoi donc ce quartier a-t-il été qualifié de juif ? A première vue, peu de choses se rapportent à la confession israélite et pourtant, elle fut l’une des plus importantes communautés séfarades du royaume de Castille qui servirent fidèlement les Rois catholiques jusqu’en 1492. On comprend alors mal pourquoi cette ville connut cet antijudaïsme violent généré par le couvent de Santa Cruz. A découvrir aussi dans ce quartier : la Judería vieja y nueva, la synagogue (transformée en église du couvent du Corpus Cristi) et le couvent des Franciscains, lui aussi  construit sur un ensemble de maison juives des XVIe et XVIIe siècles.

La Plaza Mayor : Comme dans un grand nombre d’autres villes espagnoles, la place principale ou Plaza Mayor de Ségovie est le point névralgique que nul ne peut éviter, avec son kiosque central et ses bâtiments historiques, tels le théâtre San Bravo ou la Casa consistorial. C’est là même qu’on peut saisir les meilleures couleurs de la journée en sirotant « una cervecita » (une petite bière) accompagnée d’une assiette de jambon Serrano à une de ses nombreuses terrasses. Le jeudi matin, la place vit une animation intense à l’occasion du marché hebdomadaire. Mais le clou de cette place est la cathédrale de style gothique tardif, construite sous le règne de Charles Quint en 1525 et considérée comme la « Grande Dame » des cathédrales espagnoles.

Texte et photos Gérard Blanc

Infos pratiques

Y aller

Genève-Madrid avec Swiss, Iberia ou easyJet. ; navette entre l’aéroport de Madrid et Ségovie ou encore service de train ou de bus entre Madrid et Ségovie.

Renseignements : www.spain.info/fr

Hôtels avec style

Convento Capuchinos (le meilleur, mais le plus cher) ; Le Parador ; Infanta Isabel ; Don Felipe.

Restaurants avec style

Le fin du fin : Mesón de Cándido (cadre, spécialité cochon de lait), El Figón de los Comuneros ; La Portada de Mediodía ; El Redebal.

Musées

La maison du poète Antonio Machado ; le musée des Poupées (los Titeres) ; la Maison de la Monnaie ; le Palais épiscopal.

Share

Laisser un commentaire


6 + = 11

Inscrivez-vous ici pour recevoir notre newsletter