{"id":922,"date":"2024-09-13T19:32:43","date_gmt":"2024-09-13T18:32:43","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jepars.ch\/wordpress\/?p=922"},"modified":"2024-09-17T07:06:55","modified_gmt":"2024-09-17T06:06:55","slug":"le-peuple-de-mumbai","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jepars.ch\/magazine\/le-peuple-de-mumbai\/","title":{"rendered":"Le peuple de Mumbai"},"content":{"rendered":"<p><strong>Avec ses 19 millions d\u2019habitants, Mumbai, la capitale des affaires de l\u2019Inde, d\u00e9passe de deux millions la population de la capitale administrative New Delhi. Une fourmili\u00e8re d\u2019\u00eatres humains, et, comme telle, tr\u00e8s organis\u00e9e.<\/strong><\/p>\n<p>Peut-\u00eatre ne le savez-vous pas, mais le v\u00e9ritable nom de celle que les Anglais appelaient Bombay a repris son nom d\u2019origine qui est Mumbai (provenant de la contraction de Mumba et de Aai, la d\u00e9esse m\u00e8re). On peut d\u00e9crire en long et en large les monuments et l\u2019histoire de cette ville passionnante, \u00e0 n\u2019en point douter, mais il est une chose primordiale \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de laquelle il vous sera impossible de rester indiff\u00e9rent: ses habitants, leurs coutumes, leurs modes de vie.<\/p>\n<p><strong>Le Petit Gange<\/strong><br \/>\nHuit heures du matin: un bassin carr\u00e9 autour duquel ont \u00e9t\u00e9 am\u00e9nag\u00e9s de larges escaliers descendant vers une eau douce sacr\u00e9e: c\u2019est le \u00abBan ganga\u00bb, le Petit Gange. Plusieurs petits groupes se forment, chacun ayant un gourou en son centre. En restant discret et respectueux des rites, on peut toutefois s\u2019approcher. En haut des marches, un barbier rase le cr\u00e2ne d\u2019un fid\u00e8le d\u00e9vot. Celui-ci se dirigera plus tard vers son gourou appropri\u00e9, un vieillard au visage burin\u00e9, \u00e0 la barbe hirsute, aux cheveux cendr\u00e9, au front orn\u00e9 d\u2019un symbole et \u00e0 l\u2019\u00e9charpe orange. Il est assis en tailleur devant un petit tapis sur lequel tr\u00f4nent des fioles, des fleurs et des boulettes blanches. Le gourou a pris en main un carnet, sorte de manuel qui lui servira \u00e0 guider les pri\u00e8res du croyant selon ses aspirations. Plus loin, d\u2019autres gourous, jeunes et vieux, si\u00e8gent.<\/p>\n<blockquote><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-2521\" src=\"http:\/\/www.jepars.ch\/magazine\/wp-content\/uploads\/2009\/11\/Mumbai0019-455x413.jpg\" alt=\"Elephanta le retour aux sources de l'hindouisme\" width=\"191\" height=\"174\" srcset=\"https:\/\/www.jepars.ch\/magazine\/wp-content\/uploads\/2009\/11\/Mumbai0019-455x413.jpg 455w, https:\/\/www.jepars.ch\/magazine\/wp-content\/uploads\/2009\/11\/Mumbai0019.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 191px) 100vw, 191px\" \/><\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00eele sacr\u00e9e<\/strong><br \/>\nS\u2019il est une excursion qui attire les Indiens en masse, de Mumbai ou d\u2019ailleurs, c\u2019est bien celle qui m\u00e8ne \u00e0 Elephanta, une \u00eele se trouvant \u00e0 environ une heure de ferry depuis le port jouxtant la c\u00e9l\u00e8bre Porte de l\u2019Inde, par l\u00e0 o\u00f9 le Mahatma Ghandi a pris le bateau pour l\u2019Angleterre pour n\u00e9gocier l\u2019ind\u00e9pendance. Vous ne trouverez pas d\u2019\u00e9l\u00e9phant sur Elephanta mais d\u2019int\u00e9ressantes cavernes, o\u00f9 il faudra un bon guide pour vous expliquer les implications mystiques des statues et des vestiges rupestres datant des VIe et VIIe si\u00e8cle et d\u00e9di\u00e9es aux dieux hindous en g\u00e9n\u00e9ral, et \u00e0 Shiva en particulier.<br \/>\nL\u2019attraction sera aussi celle de grimper jusqu\u2019aux cavernes au milieu d\u2019un tunnel de tentes bleues en compagnie de smalas indiennes repr\u00e9sentant \u00e0 elles seules une attraction. L\u2019autre clou du voyage sera les singes des ruines mais attention, n\u2019ayez avec vous ni paquet de popcorn ni coca cola. Ces malines cr\u00e9atures auront vite fait de vous les arracher et de se taper la cloche devant vous en sachant parfaitement comment ouvrir un cornet en plastic ou comment d\u00e9visser le bouchon d\u2019une bouteille de soda. La fin du spectacle sera au retour dans l\u2019un des nombreux ferries qui assurent la liaison entre le continent et l\u2019\u00eele. Il arrive que les capitaines de ces bateaux se sentent une \u00e2me de pirate et se battent pour qui arrivera le premier \u00e0 l\u2019appontement.<\/p><\/blockquote>\n<p>L\u2019un d\u2019entre eux a des cheveux longs et une barbe noire. Son \u00e9l\u00e8ve l\u2019\u00e9coute avec attention. Un croyant descend lentement dans l\u2019eau en s\u2019appliquant \u00e0 suivre les instructions de son gourou. Il plonge ses mains et les retire avec de l\u2019eau sacr\u00e9e qu\u2019il pr\u00e9sente au ciel comme une offrande. Plus loin encore, un groupe de femmes en sari glorifie les dieux selon le m\u00eame rite. Au centre du bassin, des enfants jouent sur un bateau gonflable. Tout ceci forme un tableau impressionniste emprunt de solennit\u00e9 et de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. On parle bas, on se recueille.<\/p>\n<p><strong>Les lavandiers<\/strong><br \/>\nA quelques pas de l\u00e0, en s\u2019enfilant dans d\u2019\u00e9troites ruelles, on aboutit dans le quartier des lavandiers. Un va-et-vient de cyclistes aux porte-bagages lourdement charg\u00e9s de paquets de linge venant de tous les azimuts de la ville. En \u00e9cartant des rideaux de draps d\u2019un s\u00e9choir, on d\u00e9couvre un panorama de bacs en pierre o\u00f9 trempent des rideaux, des tapis, des draps de m\u00eame que des saris de toutes les couleurs. Les lavandiers, jeunes, vieux, en casquette ou enturbann\u00e9s, les pieds dans l\u2019eau, frappent le linge mouill\u00e9 contre les parois du bac pour forcer toute salet\u00e9 tenace et r\u00e9ticente \u00e0 sortir. Certes, nous sommes dans des bidonvilles de Mumbai, certes, le travail est dur et probablement mal pay\u00e9, mais il est des lavandiers qui ne c\u00e9deraient leur job pour rien au monde et qui, le coeur \u00e0 l\u2019ouvrage, frappent le linge avec ardeur et bonne humeur.<br \/>\nPlus loin, dans les ruelles avoisinantes, une \u00e9quipe de repasseurs arm\u00e9s de fers du Moyen Age chauff\u00e9s aux braises de charbon assurent que le linge sera livrable, propre et bien pli\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Un spectacle permanent<\/strong><br \/>\nUn tableau spontan\u00e9 se pr\u00e9sente \u00e0 chaque coin de rue de Mumbai, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un barbier accroupi rasant un client, ou encore un marchand de bananes ambulant h\u00e9lant les passants. C\u2019est aussi la foule des figurants potentiels qui font le pied de grue aux alentours du Mc Donald dans l\u2019espoir qu\u2019un producteur de \u00abBollywood\u00bb viendra les choisir pour tourner dans le prochain film \u00e0 succ\u00e8s. Mais l\u00e0 o\u00f9 l\u2019ambiance est \u00e0 son comble, c\u2019est bel et bien au Chock Bazaar, celui qu\u2019on appelle aussi le march\u00e9 aux voleurs (thief market). Bien qu\u2019il soit pr\u00e9f\u00e9rable de ne pas ouvrir un porte-monnaie devant tout le monde et d\u2019en extraire des billets aux regards de tous, ni de se promener dans la foule avec des bijoux de valeur, c\u2019est plut\u00f4t sur les \u00e9tals qu\u2019on trouvera la justification de cette derni\u00e8re appellation. En effet, c\u2019est hallucinant! Vous trouvez l\u00e0 toutes sortes d\u2019objets, vol\u00e9s pour la plupart, et m\u00e9thodiquement class\u00e9s par genre pr\u00e9cis d\u2019objet. Dans la rue de l\u2019automobile, vous trouverez l\u2019\u00e9tal des carburateurs, plus loin celui des bouchons de r\u00e9servoirs, plus loin celui des essuie-glaces et m\u00eame celui des capots avants. Dans la rue de l\u2019immobilier, vous trouverez l\u2019\u00e9tal des boutons de porte \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de celui des lavabos ou encore celui des tabourets. Un collectionneur d\u2019appareils photos y trouvera son bonheur en d\u00e9couvrant des appareils vieux de plus de 50 ans, du style Rolleiflex ou Yashica 6X6. Je n\u2019ose pas vous d\u00e9crire la montagne des t\u00e9l\u00e9phones portables! On y resterait une journ\u00e9e enti\u00e8re. Attention, ne prendre des photos qu\u2019avec l\u2019autorisation des marchands. Certains refusent (et pour cause).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-2527 alignleft\" src=\"http:\/\/www.jepars.ch\/magazine\/wp-content\/uploads\/2009\/11\/Mumbai0438-455x476.jpg\" alt=\"Porteurs \u00e0 la gare ferroviaire de Church Gate\" width=\"164\" height=\"172\" srcset=\"https:\/\/www.jepars.ch\/magazine\/wp-content\/uploads\/2009\/11\/Mumbai0438-455x476.jpg 455w, https:\/\/www.jepars.ch\/magazine\/wp-content\/uploads\/2009\/11\/Mumbai0438.jpg 977w\" sizes=\"auto, (max-width: 164px) 100vw, 164px\" \/><span style=\"color: #888888\"><em><strong>La gare o\u00f9 les coursiers sont rois<\/strong><br \/>\nLa gar<\/em><\/span><span style=\"color: #888888\"><em>e ferroviaire de Church Gate conna\u00eet une effervescence qui n\u2019existe nulle part ailleurs: celle due \u00e0 ceux qu\u2019on appelle les \u00abdabbawallahs \u00bb. A l\u2019aube, ces travailleurs coiff\u00e9s de bonnets de police s\u2019ins\u00e8rent dans un mod\u00e8le d\u2019organisation dont le but est de livrer plus de seize millions de repas chaque jour. Les travailleurs de tous acabits qui s\u2019absentent de leur domicile de la p\u00e9riph\u00e9rie de Mumbai ne font pas confiance aux restaurants. Ils ne font confiance qu\u2019\u00e0 leur m\u00e8re ou leur \u00e9pouse pour pr\u00e9parer un repas \u00e0 leur go\u00fbt et selon l\u2019hygi\u00e8ne souhait\u00e9e et \u00e0 la bonne temp\u00e9rature. Prendre sa gamelle le matin est encombrant et le repas risquerait de refroidir avant le repas de midi. La meilleure formule est de s\u2019en remettre \u00e0 l\u2019organisation des dabbawallahs, ces hommes qui suivent \u00e0 la lettre un programme pr\u00e9cis o\u00f9 l\u2019erreur n\u2019est pas permise. Mais suivons le sc\u00e9nario en s\u00e9quences. La m\u00e8re ou l\u2019\u00e9pouse pr\u00e9pare le tandoori, le chapati ou le curry de l\u00e9gumes. Elle les place dans une gamelle herm\u00e9tiquement ferm\u00e9e et mise dans un sac moletonn\u00e9 pour garder toute la chaleur du repas. Celle-ci porte une r\u00e9f\u00e9rence qui d\u00e9signera l\u2019adresse de l\u2019exp\u00e9diteur et celle du destinataire mais sous forme de symbole (les dabbawallahs sont souvent illettr\u00e9s). Un coursier viendra prendre livraison de toutes les gamelles du quartier et ira les porter \u00e0 la gare la plus proche o\u00f9, dans un wagon sp\u00e9cialement d\u00e9sign\u00e9, un autre \u00abdabbawallah \u00bb les chargera pour les trier et les remettre \u00e0 un autre dans les diff\u00e9rentes gares desservies par la ligne en question. Mais, se trouvant dans le centre n\u00e9vralgique, la gare de Church Gate en fin de ligne est celle o\u00f9 la plus grand partie des gamelles est d\u00e9charg\u00e9e. A l\u2019arriv\u00e9e du train, une arm\u00e9e de coursiers se rue vers le wagon aux gamelles. Le tri est op\u00e9r\u00e9 en un tournemain. Chaque livreur sait quelles gamelles il doit charger sur son plateau qu\u2019il portera sur l\u2019\u00e9paule, soit environ 80 kg de chargement. Il ira ensuite porter \u00e0 bout de bras les repas chauds aux clients. La m\u00eame op\u00e9ration aura lieu dans le sens du retour pour porter les gamelles vides \u00e0 bon port. On compte environ une erreur pour 6 millions de repas livr\u00e9s. Cette op\u00e9ration est pl\u00e9biscit\u00e9e par les habitants de Mumbai: c\u2019est bon, c\u2019est chaud et \u00e7a vient de la maison!<\/em><\/span><\/p>\n<p><strong><br \/>\nTexte: Erika Bodmer<br \/>\nPhotos: G\u00e9rard Blanc<\/strong><\/p>\n<p>ngg_shortcode_0_placeholder<strong><br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Ce reportage a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 avec l\u2019aide de l\u2019Office national du tourisme de l\u2019Inde www.incredibleindia.org<\/p>\n<p><strong>[googleMap width=&#8221;455&#8243; height=&#8221;300&#8243; directions_to=&#8221;false&#8221;]Mumbai, India[\/googleMap]<\/strong><br \/>\n<strong><br \/>\n<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On peut d\u00e9crire en long et en large les monuments et l\u2019histoire de cette ville passionnante, \u00e0 n\u2019en point douter, mais il est une chose primordiale \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de laquelle il vous sera impossible de rester indiff\u00e9rent: ses habitants, leurs coutumes, leurs modes de vie.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":18096,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[124,10,101,50],"tags":[1141,1135,1136,1139,1138,1140,1142,1137,602],"class_list":["post-922","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-asie","category-extreme-orient","category-inde","category-je-pars-a-la-rencontre","tag-boillywood","tag-bombay","tag-dabbawalas","tag-elephanta","tag-gourous","tag-lavandiers-de-bombay","tag-le-marche-aux-voleurs-de-mumbai","tag-le-petit-gange","tag-mumbai"],"wps_subtitle":"JE PARS \u00c0 LA RENCONTRE","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.jepars.ch\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/922","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.jepars.ch\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.jepars.ch\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jepars.ch\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jepars.ch\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=922"}],"version-history":[{"count":31,"href":"https:\/\/www.jepars.ch\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/922\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20692,"href":"https:\/\/www.jepars.ch\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/922\/revisions\/20692"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jepars.ch\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/media\/18096"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.jepars.ch\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=922"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jepars.ch\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=922"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jepars.ch\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=922"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}