{"id":15591,"date":"2017-12-10T19:47:27","date_gmt":"2017-12-10T18:47:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jepars.ch\/magazine\/?p=15591"},"modified":"2017-12-29T11:47:11","modified_gmt":"2017-12-29T10:47:11","slug":"linvasion-des-villes-europeennes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jepars.ch\/magazine\/linvasion-des-villes-europeennes\/","title":{"rendered":"L\u2019invasion des villes europ\u00e9ennes"},"content":{"rendered":"<p>Barcelone, Venise, Paris, Florence: toutes dans le m\u00eame bain \u2026 de foules<\/p>\n<p>Les tags inamicaux et les manifestations s\u2019accumulent. Ils t\u00e9moignent d\u2019un ras-le-bol de la part des habitants d\u2019une quantit\u00e9 grandissante de villes europ\u00e9ennes qui en subissent le d\u00e9ferlement quotidien de millions de visiteurs.<\/p>\n<p>Cela tourne \u00e0 la tourismophobie. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne majeur \u00e0 prendre en compte dans le principe m\u00eame de l\u2019id\u00e9al touristique qui voudrait que le tourisme soit, entre autres, un vecteur d\u2019\u00e9changes entre les peuples. Dans le cas pr\u00e9sent, c\u2019est tout sauf cet id\u00e9al. Il suffit de voir les photos sur Internet pour se rendre compte du coude-\u00e0-coude dans les Ramblas de Barcelone, la place Saint-Pierre \u00e0 Rome, la place Saint-Marc \u00e0 Venise ou encore aux pieds de la tour Eiffel \u00e0 Paris. Sans parler de Dubrovnik, de G\u00e9rone ou de Majorque. Partout, les populations des villes concern\u00e9es ont un seul mot \u00e0 la bouche: \u00abNous ne voulons pas devenir des parcs d\u2019attractions!\u00bb. Les choses ne s\u2019arrangent pas et la progression semble irr\u00e9m\u00e9diable.<\/p>\n<p>C\u2019est sur le \u00ab \u2009touriste\u2009 \u00bb que se d\u00e9verse l\u2019inimiti\u00e9 des habitants des villes incrimin\u00e9es et, pourtant, il n\u2019en est pas vraiment responsable. Ainsi l\u2019a d\u00e9crit l\u2019anthropologue Jean-Didier Urbain au cours du dernier salon professionnel du tourisme IFTM \u00e0 Paris. Il est, en fait un \u00e9l\u00e9ment qui intervient dans une gigantesque machine commerciale avec, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, des personnes qui s\u2019enrichissent et de l\u2019autre, celles qui ach\u00e8tent et subissent. C\u2019est, comme le nomme Jean-Didier Urbain, une \u00ab\u00a0prol\u00e9tarisation accompagn\u00e9e d\u2019une marginalisation\u00a0\u00bb et qui devient peu \u00e0 peu un intrus ind\u00e9sirable. Cela provoque des r\u00e9actions en cha\u00eene avec des populations urbaines dont les r\u00e9actions d\u00e9passent une exasp\u00e9ration, parfois au premier degr\u00e9 en mettant tous les touristes mis dans le m\u00eame panier.<\/p>\n<p>R\u00e9cemment, la ville de Venise r\u00e9agissait \u00e0 l\u2019invasion de touristes provenant des grands bateaux de croisi\u00e8res. On aurait parfois tendance \u00e0 oublier les autres villes qui en sont \u00e9galement victimes. Florence, Pise et l\u2019\u00eele de Cinque Terre sont aujourd\u2019hui d\u2019autres exemples cuisants d\u2019excursions organis\u00e9es depuis les gros bateaux de croisi\u00e8res, d\u00e9versant des flots de touristes depuis les escales de Livourne ou de La Spezia. Comme l\u2019a titr\u00e9 avec humour \u201cLib\u00e9ration\u201d, les habitants de ces villes ne veulent plus \u00eatre des \u00ab cages aux foules \u00bb et cherchent des portes de sortie pour \u00e9viter les \u00ab pilleurs de sites \u00bb qui visitent la ville en quelques heures.<\/p>\n<p>Airbnb\u00a0: Dans la m\u00eame lign\u00e9e que les ph\u00e9nom\u00e8nes Uber ou de Ryanair, le principe de paup\u00e9risation des produits touristique (pour les employ\u00e9s qui assurent le service) s\u2019\u00e9tend aux locations d\u2019appartements avec Airbnb par l\u2019interm\u00e9diaire de particuliers. Le ph\u00e9nom\u00e8ne que nous venons de d\u00e9crire court-circuite les march\u00e9s en contournant les r\u00e8gles et les taxes \u00e9tablies par les gouvernements. Le boom des locations saisonni\u00e8res par cet organisme peut se d\u00e9finir comme une forme de pollution touristique en faisant grimper les prix de l\u2019immobilier en \u00e9vin\u00e7ant de certains quartiers les classes populaires et moyennes, analyse Didier Arino, directeur de Protourisme qui s\u2019int\u00e9resse de pr\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9volution de cette \u00e9conomie et cherche \u00e0 en anticiper les facteurs.<\/p>\n<p>Que faire\u00a0? L\u2019anthropologue Saskia Cousin estime que la solution ne peut \u00eatre d\u2019interdire des formules qui r\u00e9pondent \u00e0 des besoins r\u00e9els des familles de passer des vacances \u00e0 des tarifs abordables. Elle estime que cette question devrait \u00eatre entre les mains des pouvoirs politiques qui devraient mettre bon ordre dans l\u2019inad\u00e9quation qui s\u2019est peu \u00e0 peu install\u00e9e dans le syst\u00e8me h\u00f4telier. Son avis est que, mis \u00e0 part les gains que rapporte le tourisme, les politiques ne devraient pas ignorer le bien-\u00eatre des habitants. Il est donc urgent de couper court \u00e0 cette vague d\u2019intol\u00e9rance en mettant en place une politique publique d\u2019encadrement et de gestion des masses. Une s\u00e9lection par l\u2019argent\u00a0? Les municipalit\u00e9s s\u2019interrogent sur les fa\u00e7ons de ne pas pour autant interdire le tourisme, mais de rechercher un tourisme plus qualitatif en le limitant et en le canalisant. Mais comment faire ?<\/p>\n<p>A Florence, l\u2019administration communale et son office du tourisme et des congr\u00e8s (avec le maire Nardella en t\u00eate) ont mis en route un programme visant \u00e0 attirer une client\u00e8le de plus haute qualit\u00e9, diff\u00e9rente des masses actuelles dont les objectifs de visites ne peuvent d\u00e9passer bien souvent que quelques heures sur place. En fait, les deux premiers objectifs sont de d\u00e9velopper un tourisme qualitatif s\u2019adressant \u00e0 des visiteurs ayant un plus grand pouvoir d\u2019achat et restant dans la ville plus longtemps. De toute \u00e9vidence, cela exclura les excursions en provenance des grands bateaux de croisi\u00e8re. Outre d\u2019autres arguments relevant du marketing et de la promotion visant \u00e0 rehausser les images de marque aupr\u00e8s du public international, il en est un autre de taille\u00a0: pr\u00e9venir les attitudes parfois irrespectueuses des visiteurs, ce qui n\u2019est pas une mince affaire.<\/p>\n<p>Quels outils ? L\u2019intention est d\u2019abord d\u2019atteindre et de s\u00e9lectionner les voyagistes en fonction de leurs client\u00e8les au cours d\u2019expositions professionnelles internationales du tourisme. La seconde m\u00e9thode sera de concentrer ses efforts notamment aupr\u00e8s des publics de l\u2019Am\u00e9rique du Nord, de l\u2019Allemagne et des pays de l\u2019Europe du nord. Si les autres destinations victimes de tourisme de masse en faisaient autant, serait-on alors en train de nous diriger vers un tourisme qui se limiterait au porte-monnaie\u00a0? Irait-on alors en marche arri\u00e8re par rapport \u00e0 la d\u00e9mocratisation du tourisme\u00a0? Voil\u00e0 une grande question qui ne risque pas d\u2019en rester l\u00e0, mettant en cause non seulement l\u2019expansion d\u00e9brid\u00e9e du tourisme de croisi\u00e8res mais aussi, par exemple, celui des compagnies a\u00e9riennes lowcost et de l\u2019immobilier touristique anarchique.<\/p>\n<p>Vers une d\u00e9c\u00e9l\u00e9ration\u00a0? Un article du quotidien \u201cLib\u00e9ration\u201d fait \u00e9tat des inqui\u00e9tudes de Barcelone. C\u2019est la premi\u00e8re \u00e0 parier ouvertement sur \u00abla d\u00e9croissance touristique\u00bb. Et, pourtant, ce secteur correspond \u00e0 12 % de la richesse municipale; pour une population d\u00e9passant le million et demi d\u2019habitants, le tourisme repr\u00e9sente plus de huit millions de visiteurs et 20 millions de nuit\u00e9es h\u00f4teli\u00e8res (sans parler de tous les services annexes, restaurants, caf\u00e9s, boutiques, etc.). Plus encore, ces chiffres n\u2019incluent ni les touristes de croisi\u00e8re ni les excursionnistes d\u2019un jour. Ancienne militante du droit au logement, Ada Colau, maire de Barcelone, a d\u00e8s son arriv\u00e9e aux commandes de la municipalit\u00e9 en juin 2015 d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 un moratoire sur les logements touristiques, un pas vers la d\u00e9croissance touristique. Elle vient d\u2019en faire un second en d\u00e9clarant sa volont\u00e9 de contenir le d\u00e9veloppement irraisonn\u00e9 de l\u2019offre destin\u00e9e aux visiteurs. Si Barcelone compte environ 10\u20190000 logements l\u00e9gaux, deux fois plus sont ill\u00e9gaux. Avec 466 h\u00f4tels (contre 187 au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000) et Airbnb, qui propose plus de 75\u2019000 appartements de vacances, on imagine le gigantisme du parc h\u00f4telier de la ville catalane.<\/p>\n<p>Ces actions municipales pour le sauvetage de quartiers contre la construction de nouveaux h\u00f4tels, ne sont, on s\u2019en doute, pas du go\u00fbt des cha\u00eenes h\u00f4teli\u00e8res qui ne manquent pas de r\u00e9agir en brandissant des menaces de poursuites judiciaires pour des retards injustifi\u00e9s. Une des grandes lacunes de Barcelone (et d\u2019autres villes \u00e9galement) est une ins\u00e9curit\u00e9 juridique qui emp\u00eache, bien souvent, les municipalit\u00e9s de se d\u00e9fendre contre le buldozer immobilier. C\u2019est donc, en premier lieu, Airbnb et sa concurrente Homeway qui sont dans le collimateur de la mairie de Barcelone qui, en novembre 2016, leur a inflig\u00e9 une amende in\u00e9dite de 600 000 euros pour ne pas avoir d\u00e9clar\u00e9 une bonne partie des appartements lou\u00e9s. Si Airbnb estime que ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois qu\u2019une telle sanction leur a \u00e9t\u00e9 administr\u00e9e, l\u2019organisme devrait anticiper des r\u00e9actions \u00e9quivalentes dans d\u2019autres villes d\u2019Europe qui ne manqueront pas de r\u00e9agir \u00e0 leur tour.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>G\u00e9rard Blanc<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Barcelone, Venise, Paris, Florence: toutes dans le m\u00eame bain \u2026 de foules<\/p>\n<p>PAR G\u00c9RARD BLANC<\/p>\n<p>Les tags inamicaux et les manifestations s\u2019accumulent. Elles t\u00e9moignent d\u2019un ras-le-bol de la part des habitants d\u2019une quantit\u00e9 grandissante de villes europ\u00e9ennes qui en subissent le d\u00e9ferlement quotidien de millions de visiteurs.<\/p>\n<p>Cela tourne \u00e0 la tourismophobie. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne majeur \u00e0 prendre en compte dans le principe m\u00eame de l\u2019id\u00e9al touristique qui voudrait que le tourisme soit, entre autres, un vecteur d\u2019\u00e9changes entre les peuples. Dans le cas pr\u00e9sent, c\u2019est tout sauf cet id\u00e9al. Il suffit de voir les photos sur Internet pour se rendre compte du coude-\u00e0-coude dans les Ramblas de Barcelone, la place Saint-Pierre \u00e0 Rome, la place Saint-Marc \u00e0 Venise ou encore aux pieds de la tour Eiffel \u00e0 Paris. Sans parler de Dubrovnik, de G\u00e9rone ou de Majorque. Partout, les populations des villes concern\u00e9es ont un seul mot \u00e0 la bouche: \u00abNous ne voulons pas devenir des parcs d\u2019attractions!\u00bb. Les choses ne s\u2019arrangent pas et la progression semble irr\u00e9m\u00e9diable.<\/p>\n<p>C\u2019est sur le \u00ab \u2009touriste\u2009 \u00bb que se d\u00e9verse l\u2019inimiti\u00e9 des habitants des villes incrimin\u00e9es et, pourtant, il n\u2019en est pas vraiment responsable. Ainsi l\u2019a d\u00e9crit l\u2019anthropologue Jean-Didier Urbain au cours du dernier salon professionnel du tourisme IFTM \u00e0 Paris. Il est, en fait un \u00e9l\u00e9ment qui intervient dans une gigantesque machine commerciale avec, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, des personnes qui s\u2019enrichissent et de l\u2019autre, celles qui ach\u00e8tent et subissent. C\u2019est, comme le nomme Jean-Didier Urbain, une \u00ab prol\u00e9tarisation accompagn\u00e9e d\u2019une marginalisation \u00bb et qui devient peu \u00e0 peu un intrus ind\u00e9sirable. Cela provoque des r\u00e9actions en cha\u00eene avec des populations urbaines dont les r\u00e9actions d\u00e9passent une exasp\u00e9ration, parfois au premier degr\u00e9 en mettant tous les touristes mis dans le m\u00eame panier.<\/p>\n<p>R\u00e9cemment, la ville de Venise r\u00e9agissait \u00e0 l\u2019invasion de touristes provenant des grands bateaux de croisi\u00e8res. On aurait parfois tendance \u00e0 oublier les autres villes qui en sont \u00e9galement victimes. Florence, Pise et l\u2019\u00eele de Cinque Terre sont aujourd\u2019hui d\u2019autres exemples cuisants d\u2019excursions organis\u00e9es depuis les gros bateaux de croisi\u00e8res, d\u00e9versant des flots de touristes depuis les escales de Livourne ou de La Spezia. Comme l\u2019a titr\u00e9 avec humour \u201cLib\u00e9ration\u201d, les habitants de ces villes ne veulent plus \u00eatre des \u00ab cages aux foules \u00bb et cherchent des portes de sortie pour \u00e9viter les \u00ab pilleurs de sites \u00bb qui visitent la ville en quelques heures.<\/p>\n<p>Airbnb : Dans la m\u00eame lign\u00e9e que les ph\u00e9nom\u00e8nes Uber ou de Ryanair, le principe de paup\u00e9risation des produits touristique (pour les employ\u00e9s qui assurent le service) s\u2019\u00e9tend aux locations d\u2019appartements avec Airbnb par l\u2019interm\u00e9diaire de particuliers. Le ph\u00e9nom\u00e8ne que nous venons de d\u00e9crire court-circuite les march\u00e9s en contournant les r\u00e8gles et les taxes \u00e9tablies par les gouvernements. Le boom des locations saisonni\u00e8res par cet organisme peut se d\u00e9finir comme une forme de pollution touristique en faisant grimper les prix de l\u2019immobilier en \u00e9vin\u00e7ant de certains quartiers les classes populaires et moyennes, analyse Didier Arino, directeur de Protourisme qui s\u2019int\u00e9resse de pr\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9volution de cette \u00e9conomie et cherche \u00e0 en anticiper les facteurs.<\/p>\n<p>Que faire ? L\u2019anthropologue Saskia Cousin estime que la solution ne peut \u00eatre d\u2019interdire des formules qui r\u00e9pondent \u00e0 des besoins r\u00e9els des familles de passer des vacances \u00e0 des tarifs abordables. Elle estime que cette question devrait \u00eatre entre les mains des pouvoirs politiques qui devraient mettre bon ordre dans l\u2019inad\u00e9quation qui s\u2019est peu \u00e0 peu install\u00e9e dans le syst\u00e8me h\u00f4telier. Son avis est que, mis \u00e0 part les gains que rapporte le tourisme, les politiques ne devraient pas ignorer le bien-\u00eatre des habitants. Il est donc urgent de couper court \u00e0 cette vague d\u2019intol\u00e9rance en mettant en place une politique publique d\u2019encadrement et de gestion des masses. Une s\u00e9lection par l\u2019argent ? Les municipalit\u00e9s s\u2019interrogent sur les fa\u00e7ons de ne pas pour autant interdire le tourisme, mais de rechercher un tourisme plus qualitatif en le limitant et en le canalisant. Mais comment faire ?<\/p>\n<p>A Florence, l\u2019administration communale et son office du tourisme et des congr\u00e8s (avec le maire Nardella en t\u00eate) ont mis en route un programme visant \u00e0 attirer une client\u00e8le de plus haute qualit\u00e9, diff\u00e9rente des masses actuelles dont les objectifs de visites ne peuvent d\u00e9passer bien souvent que quelques heures sur place. En fait, les deux premiers objectifs sont de d\u00e9velopper un tourisme qualitatif s\u2019adressant \u00e0 des visiteurs ayant un plus grand pouvoir d\u2019achat et restant dans la ville plus longtemps. De toute \u00e9vidence, cela exclura les excursions en provenance des grands bateaux de croisi\u00e8re. Outre d\u2019autres arguments relevant du marketing et de la promotion visant \u00e0 rehausser les images de marque aupr\u00e8s du public international, il en est un autre de taille : pr\u00e9venir les attitudes parfois irrespectueuses des visiteurs, ce qui n\u2019est pas une mince affaire.<\/p>\n<p>Quels outils ? L\u2019intention est d\u2019abord d\u2019atteindre et de s\u00e9lectionner les voyagistes en fonction de leurs client\u00e8les au cours d\u2019expositions professionnelles internationales du tourisme. La seconde m\u00e9thode sera de concentrer ses efforts notamment aupr\u00e8s des publics de l\u2019Am\u00e9rique du Nord, de l\u2019Allemagne et des pays de l\u2019Europe du nord. Si les autres destinations victimes de tourisme de masse en faisaient autant, serait-on alors en train de nous diriger vers un tourisme qui se limiterait au porte-monnaie ? Irait-on alors en marche arri\u00e8re par rapport \u00e0 la d\u00e9mocratisation du tourisme ? Voil\u00e0 une grande question qui ne risque pas d\u2019en rester l\u00e0, mettant en cause non seulement l\u2019expansion d\u00e9brid\u00e9e du tourisme de croisi\u00e8res mais aussi, par exemple, celui des compagnies a\u00e9riennes lowcost et de l\u2019immobilier touristique anarchique.<\/p>\n<p>Vers une d\u00e9c\u00e9l\u00e9ration ? Un article du quotidien \u201cLib\u00e9ration\u201d fait \u00e9tat des inqui\u00e9tudes de Barcelone. C\u2019est la premi\u00e8re \u00e0 parier ouvertement sur \u00abla d\u00e9croissance touristique\u00bb. Et, pourtant, ce secteur correspond \u00e0 12 % de la richesse municipale; pour une population d\u00e9passant le million et demi d\u2019habitants, le tourisme repr\u00e9sente plus de huit millions de visiteurs et 20 millions de nuit\u00e9es h\u00f4teli\u00e8res (sans parler de tous les services annexes, restaurants, caf\u00e9s, boutiques, etc.). Plus encore, ces chiffres n\u2019incluent ni les touristes de croisi\u00e8re ni les excursionnistes d\u2019un jour. Ancienne militante du droit au logement, Ada Colau, maire de Barcelone, a d\u00e8s son arriv\u00e9e aux commandes de la municipalit\u00e9 en juin 2015 d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 un moratoire sur les logements touristiques, un pas vers la d\u00e9croissance touristique. Elle vient d\u2019en faire un second en d\u00e9clarant sa volont\u00e9 de contenir le d\u00e9veloppement irraisonn\u00e9 de l\u2019offre destin\u00e9e aux visiteurs. Si Barcelone compte environ 10\u20190000 logements l\u00e9gaux, deux fois plus sont ill\u00e9gaux. Avec 466 h\u00f4tels (contre 187 au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000) et Airbnb, qui propose plus de 75\u2019000 appartements de vacances, on imagine le gigantisme du parc h\u00f4telier de la ville catalane.<\/p>\n<p>Ces actions municipales pour le sauvetage de quartiers contre la construction de nouveaux h\u00f4tels, ne sont, on s\u2019en doute, pas du go\u00fbt des cha\u00eenes h\u00f4teli\u00e8res qui ne manquent pas de r\u00e9agir en brandissant des menaces de poursuites judiciaires pour des retards injustifi\u00e9s. Une des grandes lacunes de Barcelone (et d\u2019autres villes \u00e9galement) est une ins\u00e9curit\u00e9 juridique qui emp\u00eache, bien souvent, les municipalit\u00e9s de se d\u00e9fendre contre le buldozer immobilier. 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