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Bayreuth, Wagner, l’allemand et… moi

Beausoleil_UBSJ’avais seize ans et avais décidé de perfectionner un allemand un peu déficient – et qui va toujours le rester un peu, vous allez comprendre pourquoi – en faisant un séjour linguistique à Bayreuth. Ma première découverte aura été le Festspielhaus de cette capitale de l’opéra wagnérien. En effet, je logeais dans une famille d’accueil dont les parents collaboraient comme bénévoles aux bars qui parsèment les jardins de ce Palais du festival. Or, il faut savoir que le Festspielhaus a été construit, à bonne distance de la ville, selon les plans du grand musicien, sur une hauteur que les passionnés d’art lyrique appellent la « colline sacrée ».

Plus que l’apprentissage de l’allemand, j’ai donc commencé par faire celui du service! Car ma famille m’a promptement enrôlé aussi derrière le zinc. Et c’est ainsi que j’ai travaillé pour la première fois… en gants blancs. J’ai ainsi appris à connaître un monde où les gens venaient en robes longues et en smokings sur cette colline mythique. Mon allemand était rudimentaire, mais je me donnais une telle peine pour baragouiner quelques mots et, surtout, pour comprendre les désirs de ces clients si bien vêtus, que je ne détonnais pas trop dans le paysage.

Car il y avait à faire: chaque après-midi, à 16 heures, gentes dames et beaux messieurs débarquaient en grande tenue pour le spectacle. Et, entre chaque acte, toute cette société disposait d’une heure pour commenter les performances des artistes, mais aussi – voire surtout – pour se sustenter! Apéritif après le 1er acte, plat principal après le second, dessert et prolongations éventuelles après le final. Autant dire que le coup de feu était programmé!

A la réflexion, je me dis aujourd’hui que Richard Wagner n’était pas qu’un musicien hors norme, mais aussi un génie du marketing. En faisant bâtir son théâtre à l’extérieur de la ville, il avait parfaitement mis en application le principe de la clientèle captive: pendant les pauses, les spectateurs n’ont pas le temps de retourner à Bayreuth et n’ont rien d’autre à faire qu’à consommer sur place!

Mon apprentissage de la langue teutonne a encore été péjoré par la présence d’une base américaine à proximité – la Guerre froide n’était de loin pas terminée – si bien que j’ai plutôt amélioré mon anglais. Mais j’en retiens qu’un sourire, de la bonne volonté et l’envie de servir constituent une langue universelle que je maîtrisais plutôt bien. Et ce n’est pas de la forfanterie: à preuve, les pourboires mirobolants – du moins aux yeux de l’adolescent que j’étais – que les clients m’ont accordés en guise de… bonus!

Jean-François Beausoleil, directeur régional UBS Genève

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